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Martine Pascal et Gisèle Casadesus
D.R.


“À chacun sa vérité”
Gisèle Casadesus Tout simplement délicieuse
Bernard Murat a composé l'une des plus belles affiches de cette deuxième partie de saison : Gisèle Casadesus, Niels Arestrup,Gérard Desarthe, Gérard Caillaud...
À leurs côtés, dix autres comédiens se retrouvent sur la scène du Théâtre Antoine. La création,à Milan en 1917, de"À chacun sa vérité"fut le premier grand succès théâtral de Pirandello.
En 2001, elle avait pris sa décision : Savannah Bay mettrait un terme à sa carrière théâtrale. Mais à 88 ans, après une longue réflexion, Gisèle Casadesus dit une nouvelle fois oui à la scène. Prolongeant une relation qui vit le jour en 1934. Cette année-là, à l'âge de 20 ans, elle fit ses débuts officiels à la Comédie-Française dans le rôle de Rosine du Barbier de Séville.

La scène : son élément
"Je m'étais dit : "C'est fini, ça suffit comme ça, je veux bien faire du cinéma ou de la télévision, mais le théâtre..." Il faut aller répéter tous les jours, à mon âge... Et puis, finalement, Bernard Murat a été très persévérant. Il a beaucoup insisté !"
Elle parle d'une voix douce et précise. Un sourire tout simple accompagne ses mots, sourire presque enfantin, dénué de tout sentiment d'importance. Finalement ravie que le metteur en scène ait ainsi fait tomber ses réticences, elle semble comblée, heureuse de se trouver là, de nouveau dans une loge de théâtre. Après notre entretien, elle rejoindra sur scène ses partenaires, pour une séance de travail. Et cette perspective paraît l'enchanter. Nul doute n'est permis : le théâtre est bien son élément.
"Mon entourage, aussi, m'a beaucoup poussée. Mais moi, je me posais mille questions. Et puis, il y avait la mémoire... Je me suis donné tout l'été pour apprendre mon texte. Je voulais arriver à la première répétition en le sachant parfaitement. Et c'est vrai que finalement j'éprouve beaucoup de plaisir à rejouer ! Surtout le rôle de Mme Frola, qui est un très beau personnage. Je crois que, au fond, je n'avais pas vraiment envie de me passer de la scène !"

Musicienne ? Non, comédienne !
Issue d'une grande lignée de musiciens (dont le célèbre pianiste Robert Casadesus, son cousin), elle aurait dû, selon toute logique, suivre la voie familiale.
"Déjà toute petite, je disais à qui voulait l'entendre que, plus tard, je serais comédienne. J'ai fait de la musique, forcément. Comme toute Casadesus qui se respecte, j'ai appris mes notes avant mes lettres. Je suis d'ailleurs encore très calée en solfège, mais ça ne m'est d'aucune utilité ! Ça m'a tout de même permis d'apprendre leurs clefs d'ut à mes fils et petits-fils ! On m'avait mis entre les mains d'une de mes tantes, qui était un très grand professeur de piano de l'époque. C'est elle qui a formé mon cousin Robert. J'étais, paraît-il, très douée, mais ça ne me disait rien... Je répétais toujours : "Je ferai du théâtre, je ferai du théâtre et j'aurai des enfants !" Ça faisait beaucoup rire les gens, parce qu'alors ces deux choses-là paraissaient totalement incompatibles. J'ai donc fini par entrer au Conservatoire duquel je suis sortie avec un premier prix, dans du Marivaux. Ensuite, j'ai été admise à la Comédie-Française."

Du Théâtre-Français...
Mineure en 1934, c'est son père qui signe son engagement au Français. Quelques jours plus tard, elle épouse Lucien Pascal avec qui elle aura quatre enfants : Jean-Claude Casadesus (chef d'orchestre, compositeur), Martine Pascal (comédienne), Béatrice Casadesus (peintre, sculpteur) et Dominique Probst (compositeur).
"Quand j'ai fait mes débuts à la Comédie-Française, il y avait une hiérarchie très stricte. Les jeunes pensionnaires n'avaient pas le droit d'emprunter le même ascenseur que les sociétaires, on disait "Monsieur l'Administrateur" avec un très grand respect ! Sur le plan des pièces, c'est la même chose. Ça a beaucoup évolué. Le théâtre moderne de l'époque, c'était de l'eau de rose par rapport à celui d'aujourd'hui ! On jouait beaucoup de Flers et Caillavet. C'était charmant, d'ailleurs. Ça plaisait énormément, mais je me demande ce que ça donnerait à présent... Les choses ont tellement changé ! De nos jours, que ce soit au théâtre ou au cinéma, dans les scènes mettant en relation des couples, on n'hésite pas à les faire s'exprimer amoureusement et... très passionnément ! Si j'avais 20 ans aujourd'hui, je ne sais pas si j'accepterais tout ce que l'on demande aux jeunes comédiennes... De toute façon, je n'ai pas de souci à me faire, je sais qu'on ne me le demandera plus !"

... au théâtre privé
Devenu la 400e sociétaire de la Comédie-Française en 1939, Gisèle Casadesus quitte la troupe en 1963. Elle est ensuite nommée sociétaire honoraire en 1967, ce qui lui permet, à plusieurs reprises, de revenir à sa troupe d'origine, notamment en 1980 dans La Folle de Chaillot.
"Quitter le Théâtre-Français m'a permis de jouer d'autres répertoires, des pièces contemporaines. C'est cette différence-là qui est passionnante dans notre métier. On a trop souvent tendance à cataloguer les comédiens. Et ça, c'était un grand défaut de la Comédie-Française : on avait un emploi duquel on ne pouvait pas sortir. Parce qu'il y avait une tradition très ancienne qui était de faire sa carrière sur un seul rôle. Après mon départ, j'ai travaillé avec beaucoup de metteurs en scène, et sur des pièces très différentes. Et cette diversité est très enrichissante. Le comédien doit ouvrir tous les tiroirs, pour que le metteur en scène puisse les remplir. Après, c'est à l'interprète de faire le tri, son choix. Car il est un peu comme un filtre, il reçoit un texte et l'exprime par le biais de sa sensibilité, son jeu, sa voix. C'est le même travail de transmission qui s'effectue, que l'on joue une pièce classique ou contemporaine."

Mme Agazzi et Mme Frola
Gisèle Casadesus connaît bien À chacun sa vérité. Elle joue une première fois cette pièce de Pirandello à la Comédie-Française, et y tient alors le rôle de Mme Agazzi.
"Je me souviens de la création au Français. C'était en 1937 avec Fernand Ledoux et Berthe Bovy. Moi, je l'ai jouée en 1960. Maurice Escande, l'administrateur de l'époque, ne souhaitait pas me voir dans des rôles de mères ou de dames. Il voulait toujours que je joue des petites jeunes filles alors que dans la vie, à 46 ans, j'étais déjà grand-mère ! Ce n'est que pour céder à mes instances qu'il m'avait donné le rôle de Mme Agazzi, la mère de Dina. Mais trouvant que je paraissais trop jeune, il m'avait fait rajouter une mèche blanche ! Je me rappelle qu'à l'époque, on avait tous les soirs la visite de certains spectateurs qui nous demandaient : "Mais alors, vous le savez, vous, qui est Mme Ponza ? Vous pouvez nous le dire maintenant !"
Je crois que le public d'aujourd'hui n'aura pas ce genre de réflexion. Il est plus habitué aux textes insolites, qui sortent un peu de l'ordinaire. N'oublions pas que Beckett, Ionesco et Duras sont passés par là!"

Ses yeux rient autant que sa voix. Elle se replonge dans le passé avec un plaisir évident. Courtoise, attentive, joyeuse, Gisèle Casadesus séduit en un instant, tout naturellement.
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 15/03/2003

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