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© Bruno Perroud


Anne-Marie Lazarini
Audience et Vernissage, de Václav Havel, à l’Artistic Théâtre
Elle met en scène Cédric Colas, Stéphane Fiévet, Frédérique Lazarini et Marc Schapira dans deux courtes comédies de Václav Havel. Une plongée douce-amère au cœur de la Tchécoslovaquie du milieu des années 1970.
Qu'est-ce qui, selon vous, peut relier notre monde contemporain aux deux pièces écrites par Václav Havel en 1975 ?
Tout simplement, je crois, la modernité de sa pensée. J'ai été très frappée de voir à quel point Václav Havel était proche, dans sa façon d'envisager la politique et le monde, de ce qui se passe aujourd'hui. La mise en avant du simple citoyen, la nécessité de vivre dans la vérité, de dire qu'en dehors des partis et des lignes du pouvoir il y a un chemin singulier que peut tracer l'individu (ce dernier ne va d'ailleurs pas forcément l'emporter, mais le simple fait de mener ce combat a un sens): tout cela trouve, il me semble, un écho fort aujourd'hui.

Un écho qui se déploie, dans Audience et Vernissage, à travers le double théâtral de Václav Havel...
Oui, Václav Havel se projette lui-même dans ces pièces qui traitent de façon ironique, acide, de la manipulation politique. Il se met en scène à travers un même personnage de dissident qui s'appelle Ferdinand Vanek. Comme il l'a également fait dans un texte intitulé "Le Pouvoir des sans-pouvoir", il développe ici l'idée que lorsqu'on est manipulé par une idéologie, on perd alors toute individualité, toute possibilité d'être dans la vérité. Evidemment, la France de 2016 n'est pas la Tchécoslovaquie des années 1970, mais je crois que le monde tel qu'il est en ce début du XXIème siècle, avec la perte de sens des politiques, le désenchantement d'une grande partie de la population..., n'est pas si loin de ce que pointe du doigt Václav Havel dans ces deux pièces.

Quel regard portez-vous sur Ferdinand Vanek mais aussi sur les autres personnages ?
Ce que je trouve intéressant, c'est que, d'une certaine façon, tous sont des victimes. Bien sûr, c'est le cas de Vanek qui, ne pouvant plus exercer son métier d'écrivain, travaille dans une brasserie. Dans "Audience", on le voit face à son chef. Dans "Vernissage", il se retrouve chez des amis déchainés dans leurs certitudes et leur confort alors que lui, en tant que dissident, ne peut vivre pleinement sa vie. Il y a une sorte d'humanité chez ces femmes et ces hommes qui est à la fois très touchante et complètement pathétique. Ma mise en scène se dirige du côté de la folie. Kafka était l'auteur préféré de Václav Havel. Je me suis donc dit qu'il était intéressant, notamment pour "Vernissage", de penser à l'univers de cet auteur. Car, plutôt que d'établir un point de vue psychologique, j'ai préféré mettre en lumière les mouvements des mécanismes qui s'emballent. Pour moi, dans ces pièces, il n'y a pas d'un côté un gentil et de l'autre des méchants. Il y a une communauté de personnages englués dans un monde qui les empêche d'être eux-mêmes, qui les empêche d'être dans la vérité.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 14/11/2016

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AUDIENCE ET VERNISSAGE   (18 notes)
ARTISTIC THÉÂTRE (L')
Jusqu'au vendredi 30 décembre

C. DRAMA. Un destin exceptionnel, de la dissidence politique et la détention... à la Présidence de la République. Deux pièces emblématiques de l'univers absurde du grand dramaturge tchèque à entendre dans un dispositif scénique réinventé pour un théâtre anticonformiste.


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