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D.R.


Laurence Sémonin :
Être la Madeleine Proust…
Une chevelure rouge orangé planquée sous un bonnet péruvien, un look branché, Laurence Sémonin n'a, dans sa mise, rien de la sage petite vieille dame qui s'affiche sur les murs de Paris sous le nom de "La Madeleine Proust". Revenue de son tour du monde, elle prend pension au théâtre des Bouffes-Parisiens.
Sage petite vieille dame, la Madeleine Proust ? C'est à voir ! Elle était "en forme" dans le premier spectacle, "à Paris" dans le second, aujourd'hui elle "fait le tout du monde". Une trilogie. "En 1992, j'ai voulu tout arrêter, j'en avais assez. Et je me suis dit : "Cette Madeleine, je ne lui ai pas rendu tout ce qu'elle m'avait donné." Il m'est venu l'idée de la remercier dans un troisième spectacle. Une trilogie, c'est symbolique..."

Devenir la Madeleine Proust

Au commencement, Laurence Sémonin est une petite fille destinée depuis toujours par sa mère et sa grand-mère à devenir institutrice. Elle se coule dans leur désir, avec son côté rebelle. Elle sera une maîtresse d'école dissidente. Dans sa classe, on fait beaucoup de musique, de chant, de danse, de théâtre "pour parvenir à l'essentiel", on ne punit pas et il n'y a pas de devoirs à la maison. Le rêve, quoi ! Soucieuse d'optimiser sa méthode de travail avec les enfants, Laurence entre au Conservatoire d'art dramatique. Elle y comprend que son désir profond est de monter sur scène, mais seule. "Un désir d'enfant. Que l'on me voie, telle que j'étais, et non que l'on veuille faire de moi ce que je n'étais pas. Me montrer seule pour être reconnue. Je souffrais depuis toute petite que l'on ne me voie pas."

Et pour être reconnue, elle met... un déguisement ! "Il fallait que j'apprenne à aimer ces femmes qui m'avaient imposé un autre choix. "La Madeleine Proust" était le moyen d'aller les connaître, les aimer telles quelles étaient. Comprendre que c'était leur façon de m'aimer, qu'elles avaient cru bien faire. Ne pas reproduire ce cycle infernal de haine, de rancœur et de ressentiment. Pour construire ce personnage il a bien fallu que je l'aime, parce que je ne l'aimais pas au début la Madeleine. J'ai passé du temps à interroger les vieilles, les paysannes, les écouter, les observer, j'ai commencé à aimer ma mère et ma grand-mère, et en les aimant, j'ai pardonné." Une libération pour Laurence.

Parler la Madeleine Proust

Un déguisement donc, et un accent. Celui de la Madeleine nous fait sourire. On cherche son origine. Suisse, Jura, Belfort ? Non. C'est l'accent des "montagnons" du Haut-Doubs. "Un jour, en allant chercher une salade chez une paysanne, j'ai eu un flash. Dans ses yeux, je me suis reconnue en elle. Je n'arrivais pas à prendre son accent, j'ai travaillé avec un magnétophone pour bien comprendre cette musique, ces espèces d'incantations. J'écris comme un musicien écrit une partition de musique. L'humour est très fragile et si ma langue fourche, cela ne fait plus rire. C'est comme une musique pour que cela sonne juste." Laurence chante donc son spectacle, plus qu'elle ne le parle. Elle prend une phrase, se l'approprie, la modèle jusqu'à ce qu'elle lui aille. Finalement, l'origine de l'accent de la Madeleine n'a pas d'importance. S'il nous parle c'est qu'il nous interpelle. "Quelqu'un m'a dit : "J'aime la Madeleine Proust car elle ressuscite les êtres qu'on aime." C'est ça le succès de la Madeleine : un personnage vrai, avec un accent méprisé. Un accent c'est toute la vie d'un pays. Les gens me remercient de faire passer leur accent à la télé ! C'est parce que la Madeleine a des racines qu'elle touche les gens."

Vivre la Madeleine Proust

Voilà le secret de la Madeleine : elle touche tout le monde. Tout le monde connaît une Madeleine Proust, ou en a une dans sa famille. Elle a le goût de l'authentique, comme un bon produit bio. "Lorsque l'on prend le temps de construire un personnage aussi vrai que la Madeleine, forcément c'est universel. On a tous la même beauté, la même grandeur d'âme, on a tous eu une éducation qui a voulu nous faire appartenir à un modèle et on y a perdu la foi." "La Madeleine Proust" n'est pas un spectacle comique, même si l'on y rit beaucoup. C'est un spectacle qui pousse à la réflexion. "Mon habit de scène est devenu mon porte-parole. Je transmets avec tous les outils artistiques que j'ai, ce que je ressens profondément."

L'avenir, Laurence Sémonin ne le voit pas encore précisément. Elle a la tête dans la valise de son personnage. Elle sait faire tant d'autres choses. Elle est aussi libre que cet oiseau dont elle a fait un roman en 2000, Le Cri du milan (Éd. J.-C. Lattès). Elle se répète qu'elle a tout son temps - "Je vais doucement parce que je suis pressée" -, parle encore de sa chère Madeleine, comme de son enfant puis conclut : "Je connais la pâte de mon travail, c'est du bon pain !"
François Varlin
"La Madeleine Proust" en chiffres et en dates

1982 : premier spectacle, La Madeleine Proust en forme. Tournée jusqu'en 1985 en France, Suisse et Afrique noire.
1985 : feuilleton radiophonique de 60 épisodes pour Radio France : Du côté de chez la Madeleine Proust.
1986 : second spectacle, La Madeleine Proust à Paris (nomination aux Molière).
Un an à l'affiche au théâtre Déjazet, au Palais des Glaces à Paris, puis en tournée de 1988 à 1989.
1990 : les deux spectacles sont, en alternance, à Paris au théâtre du Gymnase (nomination aux Molière), puis en tournée jusqu'en 1991.
Publication du livre La Madeleine Proust aux éditions Flammarion.
1996 : reprise à Paris de La Madeleine Proust en forme durant trois mois au Gymnase et nouvelle nomination aux Molière.
2002 : La Madeleine Proust fête ses 20 ans !
Création de La Madeleine Proust fait le tour du monde au théâtre des Bouffes-Parisiens.

Au total, plus d'un million de spectateurs !
Les trois spectacles sont disponibles en vidéo (Universal).
Portrait par François Varlin
Paru le 21/03/2003

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