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© Brigitte Enguerand


Monsieur de Pourceaugnac
de Molière et Lully, aux Bouffes du Nord
Après "La Didone", en 2011, le metteur en scène Clément Hervieu-Léger (également pensionnaire de la Comédie-Française) retrouve le chef d'orchestre William Christie pour une version 1950 de "Monsieur de Pourceaugnac". Parmi la troupe de 22 interprètes réunis pour cette comédie-ballet, le comédien Stéphane Facco.
3 questions à Clément Hervieu-Léger

Comment pourriez-vous présenter cette œuvre finalement assez peu connue ?

C'est pour moi le modèle le plus accompli de la comédie-ballet, dont le principe est de mêler, dans un seul spectacle, le théâtre, la musique et la danse. Mais ici, contrairement à l'opéra, c'est le théâtre qui prime. L'intrigue est assez simple. Julie, jeune parisienne en quête de liberté, refuse d'épouser celui à qui elle est promise, un certain Monsieur de Pourceaugnac, tout juste arrivé de Limoges. Elle compte alors sur Nérine, sa suivante, et Sbrigani, un homme d'intrigue napolitain, pour faire échec à ce mariage. On retrouve tous les grands thèmes de Molière: le mariage, l'argent, la maladie ... C'est un pièce très drôle, mais aussi particulièrement noire et cruelle.

Pour quelles raisons avez-vous transposé l'action dans les années 1950 ?

Je ne suis pas un tenant à toute force de la transposition. Il me semblait néanmoins que le genre de la comédie-ballet a pâti d'être enfermé dans une esthétique baroque, ce qui a contribué à en accentuer le caractère parfois muséal. Je souhaitais donc rapprocher "Monsieur de Pourceaugnac"de nous. Mais sans tordre la pièce. Les années 1950 m'ont permis de rester fidèle à son contexte sociologique. Cela m'a également permis d'offrir aux comédiens une plus grande liberté de mouvements. Les costumes 1950 sont plus faciles à porter que les rhingraves et les perruques XVIIème !

Qu'est-ce qui vous lie au théâtre de Molière ?

Quand je suis entré à la Comédie-Française (ndlr, en 2005), je n'avais jamais joué de pièce de Molière. Il ne faisait pas partie de mes auteurs de prédilection. C'est ensuite que j'ai découvert l'incroyable richesse de son œuvre. J'ai alors mis en scène "La Critique de L'Ecole des femmes" et "Le Misanthrope". Aujourd'hui, je suis fasciné par l'intelligence et la force de ses pièces. Peu de dramaturges savent, ainsi, nous parler de nous.

Verbatim : Stéphane Facco

« J'interprète un ragazzo mafieux qui, pour effrayer Monsieur de Pourceaugnac, prend plusieurs apparences : un médecin, une femme outragée, un garde suisse. L'une des particularités de cette partition est qu'elle est faite d'accents ou de mots plus ou moins compréhensibles, avec lesquels Molière s'amuse à "perdre le spectateur". Fidèle à l'esprit de l'auteur, Clément Hervieu-Léger a créé une troupe où vingt-deux interprètes jouent, chantent et dansent. Cette addition d'imaginaires et d'énergies est très inspirante, chacun apprenant de l'un ou de l'autre. Jouer ainsi avec des musiciens baroques qui, fidèles à leur partition, réinventent chaque soir, est une ressource inouïe... Clément a su clairement conjuguer sa vision de la pièce et sa fidélité à l'œuvre de Molière et Lully. Notamment en la rapprochant de notre époque et en accordant une très grande confiance aux interprètes. Il a su trouver un axe fort pour tenir ce juste équilibre entre farce et violence. Souvent, le public semble surpris par la cruauté de la pièce et son comique ravageur. Car, ici encore, Molière ne sauve personne... Sauf, peut-être, l'amour. »
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 07/06/2016

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