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© C Nieszawer


François Berléand
« Je joue droit, déteste les cabots et continue a avoir un trac fou »
François Berléand reprend son rôle auprès de Muriel Robin dans « Momo » de Sébastien Thierry au Théâtre de Paris, avant de jouer « Moi, moi et François B. » (titre provisoire) de Clément Gayet au Montparnasse. L'occasion pour nous de revenir sur une carrière bien remplie.
A cinq ans, François Berléand côtoie la schizophrénie « légère sinon je serais en HP » à partir du moment où son père lui dit « tu es le fils de l'homme invisible ». « A l'époque, la parole du père était importante et je l'ai prise au premier degré. Il m'a fallu suivre une analyse, bien plus tard, pour m'en sortir ! En attendant, je me suis mis à jouer des rôles en permanence ! »

Pas étonnant s'il devient comédien ! Pourtant, il passera d'abord par une Ecole de commerce « car mon père, comme mes oncles, était dirigeant d'entreprise », puis intègrera une école de publicité « par envie » avant d'entrer au cours d'art dramatique de Tania Balachova où il rencontre Daniel Benoin qui le mettra en scène dans une quinzaine de spectacles du subventionné. « Ça a été une formation exceptionnelle, y compris en matière de respect entre partenaires. Depuis, je continue à jouer droit, sans jamais me décaler de la ligne donnée par les metteurs en scène... et je déteste les cabots ! ».

En acceptant une proposition dans le privé, il se fait traiter de Judas. « Pourtant, « Le partage de midi » de Claudel avec Jean-Pierre Marielle, Didier Sandre (avec qui j'avais travaillé dans le public) et Nicole Calfan, ce n'était pas une grosse trahison ! » Le comédien découvre alors une autre « famille, beaucoup plus ouverte, des gens gentils pour qui les comédiens ont une vraie valeur ». Il se trouve dorénavant dans son élément. « Mais si on me propose un truc dans le subventionné, j'y vais! D'ailleurs, j'ai joué depuis à l'Aquarium, chez Ribes, aux Amandiers... ».

Sa carrière est jalonnée de belles rencontres. « J'ai commencé avec Daniel Benoin. Vitez, référence ultime en matière de théâtre, m'a donné confiance en me confiant un rôle. Sophie Loukachevsky, cette talentueuse metteuse en scène des années 80 m'a pris trois fois comme assistant et j'ai adoré ça. Murat a misé sur moi pour des rôles principaux dans lesquels je ne me voyais pas du tout. Pierre Jolivet m'a donné un César. Mais la plus belle de toutes, c'est Chabrol, un grand maître et un homme exceptionnel ».

... Et d'un rendez-vous raté, avec le Splendid. « Quand Josiane Balasko m'a appelé pour créer le Splendid, je ne me suis pas senti de refaire ce que je venais de subir pendant deux ans au Théâtre Sorano à Vincennes. Par manque de subventions, on a nous-mêmes fabriqué décors et costumes et joué pour 2OO francs par mois. Si je n'avais pas travaillé dans une agence de pub avant, je n'aurais pas eu de quoi vivre ! J'ai longtemps regretté ce non... jusqu'à ce que j'obtienne la reconnaissance de mes pairs, sans qui je n'aurais pas eu celle du public. Je serais peut-être devenu plus connu, plus riche... mais trop facilement. Or, j'aime le travail, les répétitions et la difficulté qui conduisent à n'avoir rien à se reprocher lors des représentations... même si j'ai un trac fou chaque soir ».

Vient une époque où il multiplie les tournages. « J'ai peur de la mort. Si je ne travaille pas, je pense que je vais mourir. En plus, je ne sais pas dire non. Et surtout, je suis une cigale. En passant du public au privé, et encore plus au cinéma, j'ai bien mieux gagné ma vie. Alors, je me suis mis à enchaîner les films... pour payer mes impôts de l'année d'avant! Surtout quand, juste après mon César pour « Ma petite entreprise », on m'en a proposé beaucoup contre un tous les six mois auparavant. Le prélèvement à la source va me sauver ! Ceci dit, je suis devenu plus pointilleux dans mes choix ».

Entre théâtre et cinéma, il n'a aucune hésitation: «Ma vie, c'est le théâtre, pas le cinéma et, depuis trente ans, je ne regrette aucune pièce jouée ». « Momo » est sa deuxième collaboration avec Sébastien Thierry. « C'est un vrai plaisir de rejouer avec Muriel et de retrouver les mots de Sébastien. Une fois mémorisé, et ce n'est pas une mince affaire, son texte est un vaisseau de guerre qui emporte tout, les rires du public comme les acteurs. Plus on joue cette tragédie droits et sérieux, plus on fait rire ».

François Berléand nous fixe un autre rendez-vous, à la rentrée, pour la première pièce de Clément Gayet, cousin germain de Julie. « C'est un texte drôle et intelligent, du théâtre de l'absurde, comme celui de Sébastien mais avec d'autres ficelles. L'auteur s'est servi de petites anecdotes que j'ai révélées dans mon livre, « Le Fils de l'homme invisible" mais ça s'arrête là... même si j'y joue mon propre rôle... kidnappé par un auteur ».
Dossier par Caroline Fabre
Paru le 20/05/2016

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