Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

© Bruno Perroud


Marie Ruggeri
"Femmes en danger" à l’Éssaïon
"Cris du corps", "blessures de l'âme"... Dans un spectacle mêlant musique, humour et gravité, Marie Ruggeri révèle les souffrances - autant physiques que psychologiques -qu'endurent nombre de femmes, dans le silence et l'indifférence.
Comment vous est venue l'idée d'un tel spectacle ?
Ce spectacle était une commande d'Amnesty international. Je l'ai promené en France depuis sa création en 2004. Il a énormément évolué depuis sa première mouture. Nous l'avons joué dans des CDN de 1 000 places, devant des publics concernés... Mais je ne l'avais encore jamais présenté à Paris! Tout l'enjeu, dans une ville où le public se rend au théâtre pour se divertir, est de faire comprendre que "Femmes en danger" n'est pas sinistre ! Je n'assassine pas les hommes pendant une heure ! Il y a beaucoup de moments drôles où l'on rit franchement. Le spectacle oscille entre légèreté et gravité. Cinq chansons, dont trois personnelles, lui apportent beaucoup de fraîcheur. Comme Amnesty international m'a laissé carte blanche, j'ai conçu un spectacle qui me ressemble, par son côté farfelu et détaché !

Quelles formes de violences abordez-vous ?
Je commence par une chanson humoristique d'Odette Laure (une actrice des années 1950), "Je suis nerveuse", illustrant avec subtilité que les mensonges de séducteurs sont souvent mal vécus. Je déroule ensuite des textes de Xavier Durringer, extraits de sa pièce "Histoires d'hommes", où l'on découvre que le fait d'offrir des voitures et des flingues aux petits garçons, et des poupées aux filles, est tout sauf anodin ! Que la violence dans le couple naît aussi des reproches, des dénigrements et de la jalousie... Je reprends "La Complainte de Kesoubah" de Marianne Oswald, chanteuse des années 1930, où une petite fille est témoin de la violence entre ses parents. Puis viennent des témoignages sur la prostitution recensés par l'auteur sicilien Aurelio Grimaldi dans son ouvrage "Les Putes". L'inceste est aussi abordé mais sans jamais le nommer. Il y a enfin un texte sur l'excision tiré de "Fleur du désert" de la Somalienne Waris Dirie - une claque pour les spectateurs. Pour conclure sur une note douce et positive, je chante "Parlez-moi d'amour."

Quelles réactions enregistrez-vous ?
Cette aventure est très enrichissante humainement : elle suscite toujours des échanges à l'issue des représentations. J'ai entendu des douzaines de femmes me confier leur calvaire auprès de ceux que l'on appelle pervers narcissiques. Le mécanisme est toujours le même : ils montrent leur véritable visage après la naissance des enfants et effectuent alors un travail de sabordage et de manipulation dans l'intimité, sans témoins. Elles n'arrivent souvent pas à les quitter car elles espèrent toujours qu'ils changent... mais personne ne change s'il n'en a la volonté profonde. Huit fois sur dix, ces hommes viennent d'un foyer où le père tabassait la mère. La plupart du temps, ces femmes ne se décident à porter plainte que lorsque la violence se porte sur les enfants. Ils arrivent aussi qu'elles portent plainte sans être entendues. Raison pour laquelle elles sont désormais accueillies par des femmes dans les commissariats.
Interview par Alain Bugnard
Paru le 04/04/2016

-
Haut