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© Luc Valigny


Gaëtan Vassart au Théâtre de la Tempête
"Anna Karénine" Les bals où on s’amuse n’existent plus pour moi
Une grande feuille de tôle enneigée, quelques pommes de pin, un tas de charbon : sur le grand plateau du Théâtre de la Tempête, Gaëtan Vassart met en scène le roman de Léon Tolstoï à la façon d'une tragédie antique. En creusant la question de l'émancipation féminine.
Quand avez-vous lu, pour la première fois, "Anna Karénine" ?
A l'automne 2014. Mon père venait de mourir alors que j'étais au Festival d'Avignon. En vidant sa bibliothèque, je suis tombé sur plusieurs traductions d'"Anna Karénine" et sur des études de Nabokov autour de la plus belle femme de Russie. Je savais que mon père aimait beaucoup ce roman, mais ne savais pas pourquoi. J'ai donc cherché à en connaître les raisons. Ayant raté le moment de son agonie et de sa mort, j'ai voulu l'accompagner dans la littérature.

Que vous reste-t-il, aujourd'hui, de cette première découverte ?
La façon admirable dont Tolstoï décrit la passion amoureuse d'une femme qui s'affranchit, d'une insoumise qui fait le choix de vivre sa passion. Libre et déterminée, Anna Karénine pressent sa mort, violente et moderne. Elle se jette sous un train, à une époque où les réseaux de chemins de fer viennent à peine d'être construits.

Quels éléments essentiels de l'univers littéraire de Tolstoï souhaitez-vous nourrir et éclairer au sein de votre mise en scène ?
La mort ponctue le roman et j'ai essayé d'en rendre compte. Mon souci était de donner aussi à entendre la grande histoire d'amour romanesque et sa pulsation fiévreuse. Mais j'ai surtout voulu que l'œuvre parle à notre génération.
Jusqu'où peut-on aller dans un amour charnel ? Qu'est-ce que le fantasme amoureux ? Qui peut aujourd'hui représenter un exemple de femme faisant le choix de l'émancipation ? Ce monde de la fin du XIXe voit naître l'essor industriel et l'avènement du capitalisme, mais aussi les mouvements contestataires et nihilistes qui portent en germe la question de la méritocratie. Ces notions nous parlent de manières brûlantes. Tolstoï a écrit un roman sur la survie?: tous les êtres se débattent et parent à l'urgence la plus pressée. L'auteur s'intéresse aux cris sourds de cette haute société, à la façon dont elle se soumet malgré tout aux conventions sociales. Parmi celles-ci, la convention d'un mariage qui unit deux êtres pour la vie. Tolstoï nous montre comment les couples qu'il décrit s'arrangent avec ça.

Comment pourriez-vous caractériser le projet de théâtre que porte la compagnie que vous avez créée : "La Ronde de nuit" ?
Nous cherchons à défendre des histoires de personnages qui veulent s'affranchir, se libérer, quitte à se brûler les ailes, comme dans le mythe d'Icare. Cela, en donnant la parole à des poètes, à des acteurs qui savent prendre le pouls du monde : dans une fraternité éclairée.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 05/05/2016

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