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© Bruno Perroud


Alexis Moncorgé
"Amok" au Théâtre du Poche Montparnasse
Présenté cet été au Festival d'Avignon où la presse fut assez dithyrambique, «Amok» adaptation d'une nouvelle de Stéphane Zweig par Alexis Moncorgé, qu'il interprète en monologue dans une mise en scène de Caroline Darnay.
Entre coup de folie et coup de maître

Alexis, c'est la première fois que vous abordez la forme du monologue ?
Oui et c'est un exercice auquel je veux me confronter depuis longtemps. J'en avais écrit un, «Le secret des banquises», qui reste un projet non-abouti que j'ai juste présenté en lecture. Cela parlait d'un comédien qui est sur scène et perd peu à peu la mémoire, tentant de retrouver les raisons qui l'ont amené à être devant un public. L'envie a germé à ce moment-là. Et sans vouloir imiter et ne me considérant pas à leur niveau, je suis fan du travail de Caubère ou de Gamblin, dont j'adore l'univers poétique. Du coup j'ai commencé à lire de nombreux monologues sans rien trouver réellement qui m'interpelle. Par ailleurs je suis un admirateur fou de Stéphane Zweig, j'adore son style assez direct, ces personnages assez entiers avec une dimension psychologique forte, toujours plein de failles. Ayant pratiquement tout lu de lui, un soir je m'attaque à un recueil de nouvelles que je ne connaissais pas. Parmi ces textes, il y a «Amok». Là ce fut une évidence. Immédiatement, j'ai adapté la soixantaine de pages en quelques jours, tentant de gommer l'aspect trop littéraire du style et redécoupant l'ensemble. J'ai proposé le projet à Caroline, j'ai produit, ramené toute une équipe artistique autour de moi et dans la foulée on a pu le jouer en Avignon - en fait je suis rentré moi-même comme un «Amok» sur ce projet.

Justement, c'est quoi un «Amok» ?
L'histoire se passe en Malaisie, et en malaisien un «Amok» désigne un homme qui rentre dans un état de folie meurtrière souvent suite à la consommation d'opium. Comme ce pays fut une colonie hollandaise puis britannique, on en retrouve ce terme en néerlandais, allemand et aussi en anglais, dont l'expression «to run amok» signifie «devenir fou». Il y a toujours chez Zweig cette folie, héritage de cette dualité du «Blut, l'instinct vital» et du «Geist, l'esprit» qu'il aime tant explorer. Ici c'est la passion amoureuse qui révèle cette part de démence chez cet homme.?Étant un passionné moi-même par nature, ce texte m'a en partie plu pour ça.

Pourquoi ce texte vous a autant séduit ?
C'est bien que vous me posiez la question dans ce sens car souvent on me demande le contraire «pourquoi vous avez choisi ce texte ?», ce à quoi je réponds que c'est le texte qui m'a choisi, même si ça fait un peu cliché. Quand j'ai lu ce texte, j'ai été appelé, envoûté. Tout me plaisait, me parlait. Il y a une atmosphère chaude, on est dans une pénombre et c'est un homme qui se délivre d'un secret à la faveur de l'obscurité. Tout tourne autour du secret chez Zweig. Entre ombres et lumières, on entre dans l'âme de cet homme, explorant sa part d'homme et de démon. Il va traverser la forêt pour retrouver celle dont il est fou d'amour. Il y a ce mélange d'exotisme, avec cette quête initiatique d'un héros et à la fois anti-héros, exploration introspective de notre nature humaine. Quand je l'ai lu, j'avais plein d'images et on a tenté d'ailleurs dans la forme de rester très sobre pour permettre à l'imagination du spectateur de construire aussi subjectivement son univers de jungle et tribal. Il y a des ombres portées, des traits de lumière dans lequel le personnage entre et sort, il y a des symboliques même dans le visuel. Je voulais faire voyager les gens aussi. Moi-même j'ai beaucoup voyagé intérieurement, car depuis qu'«Amok» est rentré dans ma vie, j'ai beaucoup évolué en tant qu'homme et comédien. Il y a une éclosion.
Interview par Samuel Ganes
Paru le 10/01/2016

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