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© J.Stey


Un certain Charles Spencer Chaplin
Depuis la rentrée c'est une des pièces phare au Théâtre Montparnasse, écrite et mise en scène par Daniel Colas, qui retrace la vie d'un homme dont nous connaissons tous la célèbre version pantomime qu'est Charlot, mais moins l'homme qui est derrière. Pour l'interpréter, Maxime d'Aboville, qui a reçu récemment un Molière, est sur scène dont Linda Hardy, qui joue sa dernière femme Oona Chaplin.
Parlons déjà de votre lien à cette pièce.
Maxime : Daniel a une passion pour Chaplin ou même Buster Keaton, je pense que tout vient de là à la base. Il l'a écrit pendant qu'on jouait Henri IV, le bien aimé. A l'époque déjà il me disait que je lui faisais penser à Chaplin. La vie de cet homme étant romanesque, il y avait sujet effectivement à en faire une si bonne pièce. Il y a eu une maturation longue et bénéfique pour tous avant le réel travail il y a quelques mois. Le projet a sans cesse évolué, par exemple nous devions être deux pour le jouer au départ.?L'un plus jeune et l'autre plus âgé, mais de lecture en lecture, Daniel a préféré que je l'interprète seul.
Linda : Nous avons eu la chance d'avoir déjà travaillé avec Daniel Colas et pour ma part j'ai compris assez vite que ce serait un spectacle ambitieux et d'une grande exigence. Ce qui m'a beaucoup plu c'est le fait que nous soyons dix comédiens sur scène pour interpréter dix-huit personnages. Au-delà d'un véritable pari théâtral en soi, c'est aussi et avant tout une grande aventure de troupe, et ça me rend très heureuse car c'est une chose très forte et qui m'a manqué dans ma carrière auparavant.

Comment avez-vous abordé le travail sur vos personnages respectifs ?
Maxime : J'ai regardé beaucoup de films de Chaplin, pas tous, car tous c'est beaucoup si on considère les court-métrages, mais la pièce n'étant pas axée sur le personnage de Charlot, je me suis surtout intéressé au Chaplin sans Charlot - celui que peu connaissent, qui sans la moustache, le fard blanc et le chapeau est méconnaissable. J'ai beaucoup lu sur sa vie, pour comprendre des mécanismes psychologiques car l'homme qu'il était et les choix qu'il a fait sont pour beaucoup le résultat de ses blessures, il n'a pas eu une vie facile. Ce sont les traumatismes qui l'ont construit : ses cheveux ont quand même blanchi en une nuit à trente-cinq ans. Il était important aussi de le comprendre à chaque stade de sa vie car je l'interprète de ses vingt à quatre-vingt ans. C'est un personnage physique - la pantomime de la boxe, il y a des danses, je suis sur scène non-stop avec des changements de costumes, d'âges, ... comme le disait Linda c'est une pièce exigeante. Pour le reste, j'ai fait simplement confiance à la pièce comme elle est écrite.
Linda : J'ai aussi abordé le personnage d'Oona à travers sa biographie et c'est intéressant car on la comprend aussi dans ses choix de vie à travers ses failles d'enfance. Il y a eu la souffrance d'un père absent qui la rejetait parce qu'il avait refait sa vie, et elle a retrouvé une forme de réconfort en épousant un homme qui avait trente-cinq ans de plus qu'elle. Elle avait une adoration pour cet homme, et c'est marrant car moi Linda je suis aussi en admiration devant Maxime qui joue et vieillit tous les soirs devant nos yeux.
Maxime : C'est très savoureux d'intégrer le vieillissement, cette composition aussi qui s'installe presque instinctivement, car elle naît plus d'un travail de fond sur ses failles que des artifices de jeu qui pourraient être grotesques. C'est une pièce sur l'humain avant tout et notre condition humaine, qui sonde l'envers du décor du génie, de l'art et d'une certaine époque pas si lointaine.
Dossier par Samuel Ganes
Paru le 17/11/2015

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