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Salim Kechiouche
© Bruno Perroud


Pédagogie de l’échec
Quand autour tout s’écroule
Nous retrouvons le comédien Salim Kechiouche sur la scène du Vingtième Théâtre, dans une pièce de Pierre Notte, Pédagogie de l'échec, un conte urbain et contemporain à l'ambiance apocalyptique.
Ce fut une évidence dès la première lecture ?
J'ai tout de suite aimé le rythme de cette pièce, sans aucun temps mort et surtout ce manque de logique qui s'impose au fur et à mesure en grandissant, même si dès le début la situation est déjà incongrue : deux individus qui tentent de continuer à travailler dans un monde détruit où les bureaux d'ailleurs n'ont plus ni mur, ni fenêtre. Bien sûr c'est une critique sociale, le monde de l'entreprise actuel qui pousse ce monde à courir à sa perte. Ça illustre exactement le «comment faire semblant de faire comme si tout allait bien alors que tout va mal», car c'est un monde en pleine hécatombe. Tout s'effondre, le premier réflexe serait de se tirer, mais non, ces deux-là restent et continuent à travailler. Il y a cet humour noir, grinçant et qui fait beaucoup rire. Ce n'est pas une succession de sketches, mais bien une histoire à deux personnages qui tentent d'aller d'un point A à un point Z, sauf qu'en l'absence de toute logique on ne partira pas de A et on ne finira pas à Z. Pierre Notte, à travers cette dimension de l'absurde, tente de dénoncer la déchéance de la condition humaine poussée dans ses retranchements. On commence toute de suite avec les codes et les apparences et, dès lors que les masques tombent, il ne reste que l'humain avec ce qu'il a de pire, en jeux d'humiliation, de jalousie ou de mauvaise foi. Ce n'est donc pas juste une pièce sociétale mais une vraie comédie de l'humain, sur l'humain.

Parlons de la mise en scène d'Alain Timar.
Son travail est intéressant, il a une approche très instinctive, presque animale parfois, et j'avoue que j'ai beaucoup apprécié car je suis pareil. On a beaucoup travaillé cette pièce à travers le corps, qui comprend parfois souvent bien avant l'esprit certains mécanismes dramatiques. Il y a une vraie synergie avec Olivia Côte et notre duo, avec la bienveillance d'Alain Timan forme un triangle de travail et de réflexion et ceci fonctionne bien. On a travaillé essentiellement à travers l'action dans le jeu, plus qu'une forme de masturbation intellectuelle à la table. C'est un spectacle très physique, ce qui réclame des comédiens avec de l'entrainement - Olivia a fait des claquettes, moi de la boxe. Visuellement tout est très épuré, avec peu d'accessoires et une scénographie sobre - mis à part quelque chose de mouvant dans le plateau qui surprend souvent le spectateur. Du coup, il y a une vraie part aux comédiens, qui, à nus, n'ont pas d'élément pour s'appuyer, ce qui implique une vraie présence et une écoute de tous les instants.?Le duo est un exercice qui réclame toujours une vraie complicité. L'ensemble est très musical, épousant cette comédie féroce où ces situations et ces dialogues se répètent dans un leitmotiv incessant et pourtant illusoire.
Zoom par Samuel Ganes
Paru le 21/09/2015

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