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© Bruno Perroud


Marcial Di Fonzo Bo
«Démons» au Théâtre du Rond-Point
Marcial Di Fonzo Bo dirige Anaïs Demoustier, Romain Duris, Marina Foïs et Stefan Konarske dans Démons, sur la scène du Rond-Point. Une version théâtrale de la pièce de Lars Norén, qui vient après une adaptation cinématographique,* réalisée avec les mêmes comédiens. Interview du metteur en scène.
Qu'est-ce que représente, pour vous, le fait de mettre en scène pour le théâtre le même texte que vous avez réalisé pour le cinéma ?
Ce qui m'intéresse, c'est le passage d'un format à l'autre. De nombreux artistes réalisateurs ont travaillé sur cette question : Fassbinder, Bergman, Cassavetes... Et j'ai longtemps cherché le texte et les acteurs qui puissent me permettre cette expérience. Au théâtre, je suis toujours surpris par la justesse d'exécution des acteurs lors des premiers jours des répétitions : leurs premiers gestes, leurs intuitions, lorsque l'inconscient opère de manière certaine. Mais très souvent ce travail ne se retrouve pas par la suite. J'ai toujours pensé que cette première étape était plus intéressante à «capter en images» que le spectacle terminé. C'est pourquoi j'ai réalisé le film en amont des représentations théâtrales, et non l'inverse.

Quelles sont, de votre point de vue, les différences fondamentales entre le travail au théâtre et celui au cinéma ?
Le théâtre se construit dans la durée, collectivement, avec la volonté de donner chaque soir l'illusion de la première fois, sans jamais tomber dans la reproduction mécanique de l'exercice de la veille. L'enjeu est de donner au texte toujours une autre ouverture, une échappée nouvelle, de retrouver, dans la différence, des choses identiques. Le cinéma, lui, implique un long travail préliminaire, pour parvenir à être opérationnel dans le temps très court où la caméra est en marche.

Quel regard portez-vous sur «Démons», pièce qui ausculte le rapport à l'altérité ainsi que les notions de couple et d'amour ?
«Démons» explore les liens intimes, secrets, entre la figure du couple - son existence inévitable et pourtant vouée à l'échec, selon Lars Norén - et un état de la bourgeoisie au cours des années 1980. Le tout dans un mélange d'impudeur et de cruauté, d'exhibition et de vérité. Norén dit d'ailleurs qu'il s'agit de sa version de «Qui a peur de Virginia Woolf». Au-delà du regard pessimiste que l'auteur porte sur la relation homme/femme, «Démons» raconte la tentative d'un couple (incarné par Romain Duris et Marina Foïs) d'atteindre l'amour le plus absolu. Cette passion destructrice vient en opposition au mode de vie du couple voisin (Anaïs Demoustier et Stefan Konarske), soi-disant le modèle ascendant, sans aucun repère en dehors de leur cellule familiale. Ce qui est intéressant, c'est ce que produit la rencontre de ces deux couples : elle décentre notre regard. On assiste à une véritable descente aux enfers qui se déploie dans un engrenage irréversible.

* Sur Arte, en octobre 2015.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 09/09/2015

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