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© Bruno?Perroud


Jean-Luc Revol
King Lear revisité
Après «La Tempête» avec Jean Marais en 1997, puis «Hamlet» avec Philippe Torreton en 2011, le metteur en scène Jean-Luc Revol achève une trilogie Shakespearienne en montant «Le Roi Lear» avec Michel Aumont, au Théâtre de La Madeleine.
C'est avant tout une envie de longue date : « C'est un projet que j'ai avec Michel Aumont depuis près de quatorze ans, qui n'a jamais pu aboutir pour diverses raisons, et qui s'est concrétisé il y a seulement deux ans. Mais l'intérêt de toutes ces années d'attente, c'est que le projet a pu mûrir, s'alimenter de mes expériences et de mes inspirations. Comme la plupart des pièces de Shakespeare, c'est une grosse machine avec quinze comédiens, toute une équipe, ce qui impose une bonne production et le lieu adéquat. En revanche, dès le début je ne voulais pas le faire dans un style classique, à la période shakespearienne. »

En plus de la mise en scène, s'ajoute la traduction et l'adaptation de la pièce : « J'y tenais. Ça m'a pris plus d'un an, c'était un travail important, mais je voulais partir du texte original - j'ai une maîtrise d'anglais et je l'enseignais avant d'évoluer dans le milieu artistique, donc je pouvais légitimement le faire. Puis j'ai coupé, un peu, car je ne veux pas un spectacle trop long, ni trop lourd. Pour ce qui est de la mise en scène, c'est une pièce sur la fin de vie d'un homme, de sa déchéance à sa mort. C'est la fin d'un règne. On passe d'une période d'insouciance, à la folie d'un homme, à une forme de chaos. J'ai tout de suite visualisé un monde en crise, et c'est pourquoi j'ai voulu placer l'histoire à la veille de la crise de 1929. J'ai ainsi transposé «Le Roi Lear» dans le milieu du cinéma, où il est alors à la tête d'un empire cinématographique. De ce fait, j'utilise visuellement tous les artifices du septième art - les toiles peintes, dont une très grande inspirée du film «La Femme sur la Lune» de Lang, des ventilateurs, des projecteurs etc...

Mis à part le premier décor qui est très construit, à partir du moment où Lear sombre dans une forme de folie, le décor lui aussi vole en éclats, on a alors plus que des portes, des fenêtres, des arbres, ce qui est uniquement nécessaire ... tout est mobile comme sur un plateau de tournage où on utilise en fond de plan un simple morceau de décor sans continuité, avec un gros travail sur la lumière. Je me suis surtout inspiré des films de Fritz Lang, essentiellement sa période muette, et aussi de Fellini, comme «8 et demi» ou «Intervista» où on a un film dans le film - une mise en abîme à l'image de ce qui se passe dans la tête de Lear, où l'espace devient une projection de ses pensées. La transposition de cette pièce à la fin des années vingt s'est imposée rapidement, ici les combats à l'épée sont des combats au couteau, mais ce n'est pas purement décoratif. Cette période 1928/29 est à la fois insouciante et dure, c'est un basculement, tout à fait à l'image de ce qu'est dans le fond le Roi Lear selon moi. »
Portrait par Samuel Ganes
Paru le 25/08/2015

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