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D.R.


The Servant
De la servitude à la béatitude
Avant d'être le film à succès de Joseph Losey en 1963 sur un scénario d'Harold Pinter, «The Servant» fut originellement une nouvelle et ensuite une pièce de théâtre de Robin Maugham. C'est cette pièce adaptée ici par Laurent Sillan, que Thierry Harcourt nous propose aujourd'hui au Théâtre du Poche Montparnasse, avec dans le rôle de Tony, Xavier Lafitte.
Thierry, revenons sur la genèse de cette pièce.
Elle a commencé il y a plusieurs années, quand je vivais à Londres, où une agent littéraire me l'a proposée. Je connaissais très bien le film, magnifique par ailleurs, et ce qui m'a plu immédiatement c'est que la pièce est différente car plus complexe sous certains angles comme dans les liens psychologiques, il y a aussi le rôle de Richard, l'ami de Tony, qui est un témoin de l'histoire, ... bref ça m'a beaucoup plu, Laurent Sillan, qui avait déjà adapté pour moi des pièces comme «Arsenic et Vieilles dentelles» ou «Le Talentueux Monsieur Ripley», a alors travaillé dessus.
Je ne l'ai pas monté de suite. Il y a des projets comme ça que tu gardes en toi avec l'intime conviction que tu les concrétiseras un jour. J'aime l'univers de cette pièce, un peu glauque avec ce style très anglais où tout est dans la subtilité du sous-entendu, où l'importance du propos n'est pas dans les mots eux-mêmes prononcés, mais ceux qui se trouvent derrière. Sur le fond surtout parce que ce texte pose la question du comportement de tout individu face à un système, une société dont il fait partie : c'est un sujet très universel et actuel. Un maître peut vouloir inverser les rôles avec son domestique pour le plaisir de l'interdit. Tout homme peut vouloir transgresser sa condition, vouloir tourner le dos à ces chemins tout tracés - mais quel regard porte t'on sur lui et que lui réserve alors cette société ?

Xavier, vous êtes justement ce maître qui va se soumettre peu à peu à son domestique.
Oui c'est un homme qui possède suffisamment d'argent pour ne pas travailler. Il a donc un «homme à tout faire» comme on dit. Comme dans tout rapport de pouvoir, il pose la question de la position du dominant et du dominé, avec l'inversement possible dans le fond. Il impose sa propre liberté aux regards des autres... et donc aux spectateurs - et là c'est intéressant. L'enjeu pour Tony c'est d'imposer sa propre liberté, malgré le fait qu'elle puisse déranger si profondément les conventions admises par la société. Nos vies ne sont que des successions de choix, et parfois certains d'entre eux nous plaisent profondément tandis qu'ils déplaisent à ceux qui nous entourent. Ainsi les répercussions des choix nous façonnent et transforment nos rapports aux autres. Ça parle aussi des rapports hommes-femmes et hommes entre eux, et celui de l'humain avec l'argent. Ce que j'aime par rapport au film aussi, c'est qu'ici avec l'unité de lieu, on rentre dans un huit-clos qui renforce encore plus cette atmosphère de thriller.
Thierry H. :Il y a un suspens oui et aussi un humour certain so british - pour ceux qui connaissent la série «Downton Abbey», on est tout à fait là-dedans. Il y a aussi une critique de la bourgeoisie et de ses codes. C'est un texte riche, intelligent et drôle.
Dossier par Samuel Ganes
Paru le 17/04/2015

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