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de gauche a droite : Anne Charrier, Valérie Karse
D.R.


Chambre froide
Rencontre avec la belle brochette de comédiennes de « Chambre froide », première pièce de l'Américaine Michele Lowe à être montée en France, à La Pépinière Théâtre.
Pascale Arbillot, qui a fait partie de l'aventure «Les Petits mouchoirs», vient de jouer «Un temps de chien» au Montparnasse. Anne Charrier bien connue pour son personnage de Véra dans «Maison close» a plusieurs fois été mise en scène par Nicolas Briançon («Au moment de la nuit», «Volpone»).Valérie Karsenti, Molière de la Révélation théâtrale en 2003 pour «Un petit jeu sans conséquence», est notamment connue du grand public pour son rôle de Liliane dans «Scènes de ménages».

Amies dans la vie, Pascale et Valérie ont déjà joué ensemble au théâtre («Le Prince travesti» mis en scène par Nicolas Briançon et «Adultères» de Woody Allen). Par envie de retravailler toutes les deux, elles cherchaient depuis longtemps une pièce à la hauteur de leurs exigences... Sally Micaleff leur a proposé «Chambre froide». Anne les a rejointes.

De cette pièce, les comédiennes et la metteur en scène désirent garder les secrets. On ne peut donc ni expliquer son titre, ni raconter ce que ces femmes cherchent, en définitive, à faire, ni parler des maris (interprétés par Philippe Peyran Lacroix, Pierre-Alain Leleu et Philippe Cariou), sinon que, amis d'université et ayant rencontré leur femme à cette époque, ils ont instauré un rituel mensuel immanquable. La pièce se déroule pendant l'un d'eux.

Alors, que peut-on en dire ?
Pascale Arbillot : Cette pièce se nourrit du drame et du sacrifice pour faire rire. C'est très violent, très drôle, très excessif mais très réaliste et très quotidien... même si le dénouement dramatique est étonnant. Elle se déroule dans une cuisine et le public va tout vivre avec nous, en même temps que nous, sans ellipse, sans décalage. Et elle est très difficile à jouer... un régal !
Anne Charrier : Elle est rare : écrite par une femme, mise en scène par une femme, elle donne trois rôles principaux à des femmes... qui agissent en réaction aux comportements de leur mari. Elles cherchent une solution... et saisissent l'opportunité... qu'ils leur donnent.
Valérie Karsenti: Politiquement incorrecte, cynique drôle, brillante et féministe, elle raconte une libération, celle de trois femmes qui en ont assez des sacrifices faits pour leur mari depuis vingt ans. C'est le soir où elles décident d'arrêter !

Qui sont ces femmes ?
A.C. Molly est une sorte de femme-enfant, de femme trophée trop précieusement gardée de près par un mari qui ne la touche plus depuis des années. Or elle désire ardemment un enfant. On se rend compte que tout son univers est factice, hormis la violence psychologique, insidieuse, qu'elle subit.
P.A. Debra a l'air de tout maîtriser parfaitement, un langage châtié, une apparence impeccable. Elle ne travaille pas. Son fils étant en pension, elle s'occupe de sa maison -son nid- et de son mari dont elle est éperdument amoureuse... mais qui la maltraite, psychologiquement et physiquement. Elle est dans le déni total de son état de victime... jusqu'à ce soir.
V.K. Au fil du temps, Nicky, brillante chef d'entreprise, est devenue un tiroir caisse, notamment pour son mari qui, après avoir commis des malversations, lui demande de vendre les parts de sa société pour le sauver. Or, c'est sa boîte, elle représente une vie entière d'un travail qu'elle adore... et ça la rend folle de colère. Comme les autres, elle est arrivée au bout d'un cycle. Ensemble, elles vont devoir prendre une décision... et, pour la première fois depuis qu'elles se connaissent le feront ensemble, dans un élan de solidarité féminine.

L'affiche de la pièce fait penser à celle de Desperate Housewives... info ou intox ?
A.C. Effectivement, il y a une même forme d'écriture, un rythme, une ambiance brillante, des répliques cinglantes et extrêmement drôles... et des victimes qui, pas toutes blanches, auraient pu s'en sortir autrement. Mais cette pièce entre dans le vif d'un sujet crucial : chaque jour des femmes mourant sous les coups de leur mari, on a obligatoirement autour de nous une parente, amie ou connaissance qui souffre de maltraitance. Pourtant, le voyons-nous ?
P.A. Il n'y a pas plus d'angélisme : quand le vernis craque,la vérité éclate ! Mais la grosse différence réside en la véracité des personnages. Ici, chacune des femmes représente une typologie féminine présente dans la vie réelle.
VK. C'est un humour trash mais sans hystérie aucune. Dans des situations terrifiantes, les personnages gardent un humour ravageur. Si on fait bien notre travail de comédiennes, le public rira beaucoup... mais jamais à leurs dépens. Et ce serait génial que, grâce à la pièce, la parole de certaines (et certains!) se libère... mais ça, on ne peut pas le maîtriser !
Dossier par Caroline Fabre
Paru le 24/09/2014

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