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© NIcolas Mahut


Hetero
au Théâtre du Rond-Point
Deux pères, un fils, un promis, un marieur... Le jeune metteur en scène Thomas Condemine présente «Hetero», de Denis Lachaud, au Théâtre du Rond-Point. Un pamphlet féministe qui imagine une société exclusivement masculine. Avec John Arnold, Valentin de Carbonnières, Christian Caro, Bertrand Farge et Yvon Martin.
Interview Thomas Condemine :
« Denis Lachaud explore une question philosophique qui oppose les penseurs depuis des siècles : celle qui place dos à dos les notions de nature et de culture. »

Denis Lachaud invente un monde sans femmes. Qu'est-ce qui a été décisif dans votre envie de donner corps, sur scène, à cette vision-là ?
Dans le monde d'»Hetero», la population des hommes est partagée en deux : il y a d'un côté, les hommes dominants, qui travaillent et assurent la sécurité du foyer, de l'autre, les hommes dominés, qui enfantent et restent à la maison. Denis Lachaud transpose le schéma familial traditionnel dans un monde unisexe. C'est une sorte d'expérience qu'il nous propose : il met l'homme face à lui-même. Au delà du caractère amusant de l'entreprise, ce qui m'a décidé à mettre en scène ce texte, c'est la conviction qu'en jouant, les acteurs allaient apprendre des choses sur eux-mêmes et qu'ils pourraient nous en faire profiter.

Que dit cette pièce sur le féminin et le masculin, sur l'altérité ?
Il y a dans le titre de la pièce un début de réponse. «Hetero» s'écrit sans accent. On a donc ici affaire à la racine grecque, qui signifie l'Autre. Le titre induit la question du rapport à l'autre de façon générale, sans souci d'appartenance à un genre particulier. Mais avouons-le, nous avons d'abord entendu le titre dans son sens courant : Hétéro pour dire hétérosexuel. Un titre qui, au contraire, met l'Autre dans une case : masculin ou féminin. Nous piéger avec ce titre, c'est un moyen pour Denis Lachaud d'illustrer le conditionnement culturel qui nous fait considérer l'Autre en fonction de son appartenance à tel ou tel genre. En nous plongeant dans le monde unisexe d'»Hetero», il brouille nos repères et, ce faisant, tente d'ouvrir une brèche qui permet d'envisager, par delà les notions de masculin et de féminin, la relation à l'Autre.

La question de la direction d'acteur semble essentielle dans un tel projet. Avez-vous cherché à dépasser certains clichés ?
L'écriture de la pièce joue avec les clichés, ceux de la virilité notamment. Nous nous sommes emparés de ces clichés comme autant de masques derrière lesquels se cachent des êtres fragiles. Pour les acteurs, parvenir à montrer une humanité riche et complexe derrière un masque qui les simplifie renvoie à un travail de clown. C'est une des raisons pour lesquels leurs visages sont recouverts de maquillage blanc.

Avez-vous souhaité défendre un propos politique à travers votre mise en scène ?
Si vous faites allusion aux événements sur le mariage pour tous, la pièce a été écrite et montée avant 2013, ce n'est donc pas à proprement parler son sujet... Maintenant, il serait faux de dire qu'«Hetero» n'alimente pas le débat. Mais la pièce le fait en explorant une question philosophique qui oppose les penseurs depuis des siècles : celle qui place dos à dos les notions de nature et de culture. Le débat politique qui illustre le mieux ce conflit, c'est celui qui a refait surface cette année autour de l'enseignement, à l'école, de ce que certains appellent la «théorie du genre». La distinction homme/femme est-elle d'ordre naturel ou culturel ? Dans «Hetero», les différents courants de pensée qui s'affrontent autour de cette question sont en présence. La pièce offre la possibilité d'y voir plus clair et, je l'espère, de se positionner.


Verbatim
Yvon Martin interprète Le Promis


« Dans ce monde où les femmes n'ont jamais existé mon personnage - le Promis - est né du mauvais côté de la barrière. Il est de ceux qui enfantent. De ceux qui vivent sous la domination absolue de leur époux (droit de vie et de mort, lynchage public pour fautes morales, passage à la roue...). Mais son éducation et son caractère l'ont conduit à l'émancipation et à l'autonomie. Pourtant, cet homme viril, fier et épris de liberté sera contraint d'accepter de se marier avec l'un de ses employés et, surtout, de se conformer au conservatisme liberticide de sa nouvelle belle famille. J'ai appréhendé ce rôle en m'appuyant sur ma compréhension intuitive de la vie émotionnelle du Promis. Puis je me suis attelé à parler la langue particulière de cette pièce, à en comprendre les ressorts, à en éprouver la puissance. Finalement, le principal enjeu de mon travail a été de donner vie aux visions folles et drôles, pertinentes et profondément humaines de notre metteur en scène. Lorsque j'ai lu cette pièce, le sujet m'a immédiatement séduit. Denis Lachaud parvient à traiter de l'inégalité entre les sexes dans nos sociétés sans jamais faire intervenir de femme ! Car dans le monde d' «Hetero», il n'y a que des hommes.. C'est à la fois drôle et tragique. L'écriture est extrêmement précise. Pas un son n'est laissé au hasard. Et puis la rencontre avec Thomas Condemine a été précieuse. Il s'agit d'un directeur d'acteur de grande classe. »
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 03/10/2014

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