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H. Quester et J.-D. Barbin
D.R- Laurenci
Pour un oui ou pour un non
L’amitié en procès :
une mise en scène étrange et impeccable pour le plus intense, et le moins indulgent, des dialogues de théâtre entre deux amis.
On en a tous rêvé : mettre à plat une relation amicale, en débusquer les moindres coins d'ombre, régler leurs comptes à toutes les réticences. C'est ce qu'explore Nathalie Sarraute sans aucune complaisance dans la plus dense de ses pièces, écrite en 1982 (elle avait 82 ans !). Deux meilleurs amis « s'expliquent ». Ils traquent leurs sous-entendus et guettent leurs intonations moqueuses. Ils ne s'épargnent rien, ni à l'autre ni à eux-mêmes, et remettent tout en question. Avec une radicalité fascinante, ils iront ainsi jusqu'au bout des reproches et des arrière-pensées.

Pourtant le procès n'est pas sauvage : il ne s'agit pas d'un brutal règlement de comptes, mais d'un examen de conscience en bonne et due forme. Et le scrupule confinera à la fois au sublime et au comique lorsque les voisins seront convoqués pour servir de jurés : les « gens normaux », juges au tribunal de l'intime.
Le verdict ? À vous de voir...

Des acteurs virtuoses pour une minutieuse chorégraphie mentale

L'Atelier reprend la sobre mise en scène de Jacques Lassalle pour le théâtre de la Colline en 1998. Jacques Lassalle est le maître du « théâtre de chambre », où cris et chuchotements sont à la fois scéniquement frappants et immédiatement spirituels.

De cette dissection des mouvements de l'âme, tout est réglé comme pour une chorégraphie de laboratoire. Les déplacements, les intonations, les expressions, bizarres, comiques et pathétiques. On est ainsi doublement fasciné par cette enquête à fleur de peau et de mots.

L'intervention des deux voisins, très brève et très comique, est servie brillamment par Johanna Nizard, qui paraît exécuter avec ses pas et ses mimiques les gestes d'une chorégraphie contemporaine. Jean-Damien Barbin, l'ami accusé puis accusateur, ressemble parfois à un fou calme sorti d'un tableau surréaliste de Magritte. Hugues Quester est le plus sensible et le plus impressionnant des deux amis : il semble flotter sur la scène, comme le saint et martyr de l'amitié. Une grande incarnation et une émotion rare.
Zoom par Vincent Goupy
Paru le 01/07/2000

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