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© Benjamin Nicolas


Béatrice de La Boulaye
«Rien ne se perd» au Petit Hébertot
Ou quand Racine croise le verbe avec Tchekhov, Marivaux, Ibsen ou Feydeau ! Béatrice de La Boulaye, metteur en scène de cette "comédie 100% récup" - "coup de cœur" de la Fondation Nicolas Hulot - nous explique la démarche audacieuse du Collectif La Bouée.
Comment vous est venue l'idée de ce grand recyclage théâtral ?
Le théâtre produit des tonnes de décors et de costumes qu'on ne peut pas toujours stocker. L'idée de ne plus créer de déchets et de recycler notre matériel nous a semblé une contrainte intéressante. De fil en aiguille, nous avons eu envie d'appliquer ce procédé au texte en juxtaposant les répliques les plus cultes, surprenantes et amusantes du répertoire français ou international de droit commun. Ce qui nous amusait était de créer de la comédie avec des contrastes de style, des conflits de génération - Courteline répondant à Shakespeare -, mais aussi de reprendre les procédés narratifs propres à chaque époque : les révélations filiales des tragédies grecques, les banquets tragiques shakespeariens, les scènes d'exposition chez Molière, les amants dans le placard des boulevards...

De quelle manière avez-vous puisé dans la poubelle jaune pour confectionner costumes et décors ?!
Nous voulions que les comédiens incarnent des archétypes théâtraux : la princesse, le prince, le traître ... avec une dimension ubuesque ! Pour les costumes, nous avons choisi de recycler des emballages qui évoquent ces personnages (notre cerveau ayant été totalement conditionné par le marketing !) : la princesse pure et naïve est associée aux produits laitiers, la reine acariâtre se retrouve nimbée de capsules de café, le prince est fortement inspiré de celui d'une marque de biscuits chocolatés, etc. Pour le décor, nous avons revisité des encombrants de déchetterie : vieux toilette, frigidaire...

Tout ceci ne nous amène-t-il pas à rire de notre absurde système mercantile ?!
Bien sûr, mais rire de nous-mêmes est aussi important car nous sommes acteurs de cette folie dont il devient urgent de s'extraire : la côte d'alerte en matière de pollution ménagère est dépassée ! Rassurons néanmoins le spectateur : notre parti pris reste d'attirer l'attention sur le problème sans être catastrophiste ou moralisateur. Engouffrons-nous dans la brèche de l'autodérision pour sortir de la culpabilisation et de la léthargie dans lesquelles les médias nous ont enfermés !

Cesser de produire du déchet ne serait-il pas mieux que recycler ?!
Pas pour les décideurs dont les intérêts financiers prennent le pas sur l'intérêt écologique ! Mais le réel nous obligera bientôt à revenir au principe de proximité, évitant emballages, surproduction et pollution environnementale. Proximité qui recréera aussi du lien et un esprit de collectivité que nous avons abandonné pour notre plus grand malheur ! S'il est assez difficile d'acheter sans emballages, il ne faut pas oublier que leur prolifération n'est qu'un phénomène extrêmement récent à l'échelle de l'Histoire !
Interview par Alain Bugnard
Paru le 11/03/2014

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