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D.R.


John Arnold et Marilyn
«Norma Jean» au Théâtre 13
Né en 61, formé au Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine puis par Michel Bouquet au Conservatoire de Paris, John Arnold a travaillé avec O. Py, W. Mouarad, S. Braunschweig, K. Lupa... Il a écrit et mis en scène Norma Jean, pièce adaptée de Blonde, roman de Joyce Carol Oates sur la vie de Marilyn Monroe.
Pourquoi avoir travaillé à partir d'un roman mêlant fiction et réalité ?
En le lisant, j'ai été subjugué car l'auteur m'a fait parvenir les vibrations intimes de Marilyn, notamment de l'enfant en elle, et ressentir des sensations que j'ai pu avoir avec Dickens ou Lewis Carol. Au-delà d'un mythe, c'est aussi l'histoire de l'enfance saccagée -celle de Marilyn mais également de certains de ses proches- et d'une femme promise à la dévastation par le regard collectif. Je me suis inspiré du roman et ai ajouté des choses personnelles. Mais j'ai, par exemple, repris la thèse défendue par Joyce Carol Oates sur la mort de JFK. Vérité ou grosse bêtise, peu importe, j'ai respecté sa théorie même si cela n'est pas mon intime conviction.

Quelle vision personnelle avez-vous de Marilyn ? Est-elle coupable ou victime ?
Honnêtement je ne sais pas. On pourrait se poser la même question à propos de tous les destins incandescents, de Jésus Christ à Rimbaud et même Hitler ! Pour citer Arthur Miller « Marilyn, c'est la rencontre entre une névrose et une société de consommation ». Or, la névrose se fabrique sans doute via des prédispositions et un chemin de vie. Peut-être le bonheur de Marilyn était-il d'être, à 30 ans, mère de quatre gosses, d'habiter un bungalow minable de L A et de manger du beurre de cacahuète en regardant des séries débiles ? Toujours est-il qu'elle est la plus grande incarnation qui soit du désir et que sa fin fut tragique.

Quel est la tonalité de votre pièce ?
Tandis que Norma Jean traverse l'histoire comme un équilibriste sur un fil, comme une petite fille dans le noir, les autres personnages préparent sa montée au Golgotha. La charge du conte y est énorme et pourtant, c'est une écriture extrêmement réaliste et cinématographique où tragique, sublime et grotesque s'entremêlent.

Pourquoi avoir choisi de la mettre en scène ?
Par nécessité artistique, comme d'y jouer car j'ai des relations intimes au rôle que je me suis distribué, celui de Darryl Zanuck. Patron de la Fox, il a créé Marylin. Or, je suis l'auteur et c'est moi qui ai donné son premier rôle à Marion Malenfant, l'interpète de Marilyn. A la suite de cela, elle est entrée à la Comédie-Française... dont elle a démissionné pour reprendre la pièce à Paris. Maintenant, elle fait aussi du cinéma.

Vous ne faites pas vieillir Marilyn sur scène. Pourtant, vous déroulez bien le fil de sa vie ?
Effectivement, la première et la dernière image sont une petite fille qui dort, un peu comme dans Alice au Pays des Merveilles. J'ai choisi un procédé d'écriture, vu chez Claudel par exemple, où le temps est à la fois circonscrit et complètement dilaté. Au spectateur de choisir si ces quatre étapes de l'histoire de Marilyn (petite enfance, adolescence, jeune femme, star) durent une vie ou une nuit..
Interview par Caroline Fabre
Paru le 05/03/2014

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