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©Pascal Victor


"La Locandiera" de Goldoni au Théâtre de L’Atelier
«Le théâtre de Goldoni nécessite une grande précision, une grande exigence.»
C'est l'un des nos grands comédiens. Aux côtés de Dominique Blanc (qui fait son retour au théâtre dans un rôle de comédie), André Marcon confère toute la hauteur et toute la densité qu'on lui connaît à la pièce de Goldoni. Dans une mise en scène de Marc Paquien.
Avant d'interpréter le Chevalier dans La Locandiera, quel regard portiez-vous sur le théâtre de Goldoni ?
Je dois dire que je le connaissais mal. Ce que j'en savais relevait principalement des spectacles mis en scène par Giorgio Strehler, dont le génie m'avait dissimulé celui de Goldoni. Me plonger dans La Locandiera a été pour moi une véritable découverte. J'ai pu saisir toute l'intelligence, toute l'humanité de ce théâtre, son exigence, son architecture stupéfiante, son sens du comique exceptionnel... Toute l'énergie de cette écriture est tendue vers la scène. Goldoni ne fait pas de poésie. Chaque réplique est un combustible pour le plateau.

On entend souvent dire que Goldoni est « le Molière italien ». Etes-vous d'accord avec cette affirmation ?
Non, car contrairement à celle de Molière, l'œuvre de Goldoni n'est pas nourrie de métaphysique. Le théâtre de Molière est fait d'une énigme, il est traversé par les forces profondes et mystérieuses de l'homme. Goldoni, lui, s'en tient à une règle et à une forme. Son théâtre est comédie, lieu, décor, il s'évade très peu du lieu concret de la scène du monde auquel il donne corps.

Pourtant, La Locandiera est une pièce sur l'amour, sentiment par essence mystérieux...
Bien sûr, mais cette énigme, chez Goldoni, n'est pas envisagée comme un gouffre existentiel. L'amour qui naît entre Mirandolina (ndlr, incarnée par Dominique Blanc) et le Chevalier est de l'ordre de la quotidienneté. Finalement, pour reprendre le jeu des comparaisons, c'est comme si on avait Beethoven d'un côté et, de l'autre, Vivaldi.

Que pouvez-vous nous dire de ce Chevalier de Ripafratta, que vous interprétez?
Un spectateur, un jour, m'a parlé de la mélancolie du Chevalier. Je crois qu'il avait raison, et que la misanthropie de ce personnage (ndlr, qui fuit l'amour et la compagnie des femmes, jusqu'au jour où il rencontre Mirandolina) va bien au-delà du genre féminin. Le moteur du Chevalier est, en effet la mélancolie. Mais une mélancolie comique, une mélancolie qui porte à rire. Goldoni transpose une situation tragique en comédie. Ce qui permet de vérifier combien il est vrai de dire que le comique se joue toujours au bord du tragique.

Quelle lumière la mise en scène de Marc Paquien porte-t-elle sur la pièce ?
Tout en investissant la dimension comique de La Locandiera, Marc Paquien a voulu regarder ce qu'il y avait de sombre dans cette pièce, de douloureux chez chacun des personnages. Mirandolina et le Chevalier jouent un jeu duquel ils ne sortiront pas indemnes. La mise en scène éclaire ces aspects tragiques du texte. Nous avons travaillé de façon extrêmement minutieuse sur la respiration, le rythme, le corps, les gestes... L'œuvre de Goldoni nécessite une grande précision, une grande exigence. La cadence « allegro vivace » qu'a réussi à impulser Marc Paquien à ce spectacle, convient parfaitement à ce théâtre.
Zoom par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 22/10/2013

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