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© Bruno Perroud


Nicolas Vaude
Face à Diderot
Dans le cadre du festival Diderot, au Théâtre du Ranelagh, Nicolas Vaude, est, à la fois metteur en scène pour «La Religieuse» et comédien pour «Le Neveu de Rameau».
Ce « festival Diderot » est une proposition de votre part ?
Il est difficile de monter une programmation classique dans le théâtre privé aujourd'hui, c'est donc une chance, et j'ai toujours défendu la création. Catherine Develay, la directrice du théâtre, a eu un coup de cœur pour ces deux spectacles et l'idée du festival est d'elle. La Religieuse a été créée l'an passé et Le Neveu de Rameau revient au Ranelagh, où il fut créé en 2001, après 350 représentations. Les deux œuvres ont ceci en commun qu'elles furent écrites en secret par Diderot, dans une époque où l'oppression de la religion et l'absence de liberté fondamentale de penser autrement et de le dire, étaient criantes. Les deux œuvres ont été post-mortem et lues « sous le manteau ». Goethe, qui fut le premier traducteur de Diderot en Allemagne, disait que Le Neveu éclate comme « une bombe » dans la littérature française, tant les propos tenus par cet espèce de clochard céleste et cynique insufflent un vent de liberté dans une Royauté au bord de l'explosion - Diderot sentait la Révolution venir. La religieuse est un hommage à la femme et une aspiration absolue à la liberté de penser. C'est une œuvre essentielle et somptueuse ! Je l'ai montée parce que j'ai trouvé la distribution idéale, dont Christelle Reboul qui a une pureté de jeu et d'exécution hors du commun, et la capacité, à mon avis très rare, d'être à la frontière de la comédie et de la tragédie.

Que vous inspire Diderot ?
C'est sa faculté de douter de tout, son scepticisme tendre et son acuité hors du commun qui me touchent le plus ! L'émotion qui se dégage des questions fondamentales que les personnages se posent : il y a des questions métaphysiques et des moments de profond silence, de vide, dans tous les personnages de Diderot, à un moment donné. Des situations très fortes aussi. Je le trouve Shakespearien parfois ! Il est un dialoguiste d'exception, génie de la langue, des situations, d'une drôlerie et d'une profondeur insondable. Sa faculté de délirer et de passer d'une idée à une autre, puis une autre, et de revenir à la première, est phénoménale. Il n'a aucune idée arrêtée, il cherche, il doute sans arrêt. A la fois féministe avant l'heure et précurseur de la psychanalyse, Diderot est résolument moderne !

Ces deux œuvres ne sont pas des pièces de théâtre à la base - pourquoi les avoir choisies plutôt que les réelles pièces de théâtre de Diderot ?
Parce qu'elles sont plus théâtrales à mon avis, et parce qu'elles se répondent, tout en reflétant des climats presque opposés. Le Neveu est un dialogue époustouflant, d'une liberté de penser comme il y en a peu, encore aujourd'hui, d'une audace incroyable, avec un personnage hors du commun ; et La Religieuse est une œuvre plus intime, qui soulève la question fondamentale de l'oppression et de la douce tyrannie que peut ordonner une religion qui ne serait plus la foi en un Dieu, mais une prise de pouvoir des hommes. Diderot, dans ces deux textes, démasque les faux semblants. C'est aussi la joie de rendre théâtral un texte qui ne lui était peut-être pas destiné, ... quoique ! Selon moi, toute l'œuvre de Diderot est théâtrale !
Interview par Samuel Ganes
Paru le 14/09/2013

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