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© Bellamy


La Tempête, de William Shakespeare
Philippe Awat met en scène "La Tempête", de William Shakespeare, au Théâtre des Quartiers d'Ivry. Une tragi-comédie teintée de merveilleux, au sein de laquelle Pascale Oudot et Mikaël Chirinian interprètent les rôles d'Ariel et de Sebastian. Interview croisée.
Pouvez-vous nous présenter vos personnages ?
Pascale Oudot : Je joue le rôle d'Ariel, l'esprit de l'air. A chaque fois que j'entre en scène, c'est le surnaturel, le fantastique, le merveilleux qui apparaît. Je suis douée de pouvoirs tout particuliers. On pourrait dire de moi que je traverse l'histoire : je suis présente sans vraiment l'être. Je suis au service de Prospero, le personnage central de la pièce, qui vit sur une île déserte. C'est d'ailleurs sur sa demande que je provoque la tempête qui donne naissance à cette histoire.
Mikaël Chirinian : J'interprète Sebastian, le jeune frère du roi de Naples, dont le navire fait naufrage à la suite de la tempête déclenchée par Ariel. C'est un homme jeune, ambitieux, animé d'une forte jalousie vis-à-vis de son frère. Comme tous les autres personnages de la pièce, il fonctionne en « couple ». Un jeu de manipulation, de vengeance et d'instrumentalisation le lie à Antonio, le duc de Milan.

Quels aspects de cette pièce suscitent particulièrement votre intérêt ?
P. O. : J'aime son côté sombre, qui mêle vengeance, lutte de pouvoir et trahison. En cela, La Tempête est une pièce terriblement actuelle. On y trouve toutes les vicissitudes de l'humanité. On rit, mais le rire est féroce, cruel. La première fois que j'ai découvert cette pièce, c'était aux Bouffes du Nord, dans une mise en scène de Peter Brook. J'ai été captivée par l'intrigue.
M. Ch. : Comme dans toutes les pièces de Shakespeare, la force et la poésie de la langue sont d'une grande richesse. Et, comme je l'ai dit, les personnages de La Tempête sont liés les uns aux autres. Pour pouvoir trouver sa liberté, chacun doit se défaire de l'ombre ou de l'emprise de quelqu'un d'autre. C'est l'une des dimensions de ce texte qui me touchent le plus. La Tempête est une pièce sur l'adieu.

Philippe Awat déclare que cette pièce est « un règlement de comptes passionné avec le monde ». Que vous inspire cette réflexion ?
P. O. : C'est vrai, dans La Tempête, Shakespeare s'interroge - à travers le personnage de Prospero - sur la mort, sur comment partir, comment pardonner.
M. Ch. : Oui, cette pièce parle de la façon dont on peut régler ses comptes avec le monde, avec son propre monde (ses propres démons ?). Prospero est un homme âgé qui veut pouvoir partir serein. Face à lui, tous les personnages devront, eux aussi, faire tomber leur masque.

Voilà plusieurs spectacles de Philippe Awat auxquels vous participez. Comment pourriez-vous caractériser son univers de mise en scène ?
P. O. : Pour cette création, il a beaucoup été question de profondeur, des ténèbres. Nous avons beaucoup travaillé sur l'ombre et la lumière. J'aime faire partie de ses spectacles, car tout en ayant des visions fortes sur les personnages, il attend beaucoup des propositions de ses interprètes. C'est un véritable échange qui s'instaure entre nous.
M. Ch. : Je crois bien que, dans toutes les pièces pour lesquelles j'ai travaillé avec Philippe, il était question de liberté. Son théâtre est visuel. C'est un théâtre de troupe fondé sur le travail de l'acteur. L'aspect fantastique de La Tempête lui a permis de produire des images très fortes.

Qu'est-ce qui vous lie au jeu, à la scène ?
P. O. : Je garde un souvenir très précis de la première fois où je suis montée sur scène : une sensation très forte, le sentiment d'être à ma place, dans mon élément. Je crois que nulle part ailleurs je n'ai éprouvé une telle sensation.
M. Ch. : Jouer est une vraie nécessité chez moi. Le théâtre raconte des histoires. Et raconter des histoires est une chose importante pour moi. C'est ce qui a contribué à me faire grandir, avancer, m'évader, et même à m'aider à comprendre le monde dans lequel je vis. Et puis, il y a dans le théâtre cette chose si particulière : l'éphémère ! Je trouve très touchant que le souvenir soit la seule trace qui existe de ce qui s'est passé dans une salle de théâtre. Tout se joue entre l'acteur et le spectateur : eux seuls se souviendront de ce moment unique.
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 18/05/2013

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