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Lorraine de Sagazan
© B.?Cruvellier


La Bande du Tabou
Sol Espeche et Lorraine de Sagazan
La compagnie Les Brigades du Flore redonne vie au cabaret le Tabou, quartier général du gratin germanopratin d'après-guerre (Sartre, Beauvoir, Vian, Gréco, Gainsbourg...), en musique, chorégraphies et chansons.
Sol Espeche

Comment avez-vous conçu ce spectacle hommage ?
Le spectacle est en deux parties. La première expose notre rencontre avec le Saint-Germain des années 1950, ses personnalités et leurs idéaux. Dans la deuxième, nous devenons ces personnalités et racontons les dernières heures glorieuses du Tabou.

Pourquoi avez-vous choisi d'incarner Juliette Gréco ?
À la création, nous nous sommes vu attribuer des personnages par Yveline Hamon et Jean-Pierre Gesbert, les initiateurs du projet, en fonction de notre personnalité. Juliette Gréco était la « maîtresse des lieux » puisqu'elle décidait qui pouvait entrer ou non. Je n'ai pas cherché à l'imiter mais plutôt tenté de piocher chez elle ce qui pouvait me ressembler. Dans le spectacle, nous n'évoquons que les figures en devenir, pas les légendes. J'aime beaucoup son humour pince-sans-rire et son charisme ; elle est la force tranquille de la bande, à la fois sensuelle et
autoritaire.

Quel lien entretiennent selon vous le désespoir d'après-guerre et le nôtre ?
Une soif de renouveau a envahi cette génération qui a connu la guerre, mais il ne devait pas être facile de porter l'espoir d'un monde meilleur. Notre génération souffre d'un mal différent mais pas si lointain. On ne cesse de nous dire que tout a été fait, qu'il est difficile de nous affirmer. Mais nous luttons à notre manière pour défendre nos idéaux.


Lorraine de Sagazan

Quels aspects de la manière d'être de cette époque votre mise en scène met-elle en relief ?
La fête, l'énergie d'après-guerre condensée dans ces caves où tant d'artistes géniaux se réunissaient pour danser, chanter et créer, oubliant l'enfer vécu et la pauvreté. Nous soulignons ainsi le foisonnement artistique et intellectuel de cette époque magique : une manière de se libérer, de retrouver une innocence et surtout la nécessité de vivre absolument.

Que reste-t-il selon vous de la philosophie germanopratine ?
L'émancipation féminine mais aussi ce concept existentialiste de non-déterminisme, de nécessité de devenir, en opposition à l'idée d'un destin ou d'une vie préétablie par un contexte (« l'existence précède l'essence » ou encore « on ne naît pas femme, on le devient »). Je crois que l'esprit de résistance de l'époque, qui semble aujourd'hui annihilé, va refaire surface très bientôt.

Qu'avez-vous retenu de Simone de Beauvoir ?
Je viens du même type de famille et j'ai dû traverser des étapes similaires dans ma volonté d'émancipation artistique. La lecture de ses ouvrages fut une révélation : sa personnalité, son engagement et son intelligence m'ont fascinée. Ni rigide ni ennuyeuse, elle était au contraire très belle, libre, complètement révolutionnaire... et midinette quand elle était amoureuse !
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 16/05/2013

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