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© Nabil Boutros


“Antigone” de Sophocle
Au Théâtre des Quartiers d’Ivry. Le metteur en scène Adel Hakim répond à nos questions.
Ce fut l'un des succès théâtraux de la saison dernière (*). La troupe du Théâtre national palestinien revient au Théâtre des Quartiers d'Ivry avec "Antigone" de Sophocle.
Quel désir vous a mis sur la voie de cette Antigone palestinienne ?
Le désir, tout d'abord, de travailler avec les acteurs du Théâtre national palestinien, que j'avais déjà invités, il y a quelques années, au Théâtre des Quartiers d'Ivry. Lorsque j'ai réfléchi à la pièce que je pouvais créer avec eux, Antigone m'est apparue comme une évidence.

Pourquoi cela ?
En premier lieu parce que Antigone dispose de rôles permettant de mettre ces magnifiques comédiens en valeur. Et puis parce que cette pièce de Sophocle, même si elle ne fait pas directement allusion à la situation israélo-palestinienne, permet de tracer toutes sortes de correspondances métaphoriques avec ce conflit. Ce que revendique Antigone, c'est une loi supérieure à la loi de la cité, une loi - ici divine - qui impose des valeurs universelles: le respect de la personne, les droits de l'homme, le devoir d'enterrer les morts...

Qu'est-ce que la langue arabe apporte, selon vous, à cette pièce ?
Il me semble que, pour le public français, le lyrisme et la musicalité de la langue arabe peuvent faire penser au grec ancien. Cette confrontation me paraît extrêmement intéressante. J'ai d'ailleurs senti beaucoup d'émotion de la part du public français à l'écoute de cette langue. Une émotion qui répondait à l'émotion des spectateurs palestiniens, lors de la création à Jérusalem, qui entendaient pour la première fois la langue de Sophocle.

Vous dites avoir été frappé, lors des premières répétitions à Jérusalem, par la compréhension intime de l'esprit de Sophocle par les comédiens palestiniens. Comment expliquez-vous cela ?
Malgré toutes les horreurs face auxquelles elles nous placent, malgré tous les drames familiaux et sociaux qu'elles font surgir, les tragédies grecques parviennent à nous insuffler une forme d'énergie. Sans doute à cause des combats qu'elles sous-tendent. La plupart des personnages luttent en effet contre leur destin. Pour les Palestiniens, la vie à Jérusalem est une lutte permanente: pour circuler dans la rue, pour travailler... Les acteurs du Théâtre national palestinien ne peuvent avoir qu'une compréhension intime et naturelle des tensions qui traversent les œuvres de Sophocle.

Mettre en scène cette pièce à Jérusalem, puis ensuite à Ivry, représente-t-il pour vous un acte politique ?
J'ai envie de dire que mettre en scène une pièce de Sophocle est toujours un acte politique, autant que philosophique. La mettre en scène avec des acteurs palestiniens prend évidemment un sens particulier. Ce qui se passe en Palestine n'est jamais loin du spectacle, mais ces correspondances apparaissent de façon naturelle. Je n'ai jamais cherché à les provoquer.

* Antigone a obtenu, en 2012, le prix du meilleur spectacle étranger décerné par le Syndicat de la critique dramatique.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 26/11/2012

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