Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

D.R.


Viktor Lazlo
est Billie Holiday
C'est au Théâtre Rive Gauche, dans une mise en scène d'Eric-Emmanuel Schmitt, que Viktor Lazlo nous invite à découvrir Billie Holiday. De ce spectacle musical, un album est déjà sorti, mais aussi un roman a vu le jour, "My Name is Billie Holiday", aux éditions Albin Michel. Rencontre avec l'interprète et romancière.
Quel est votre premier souvenir de Billie Holiday ?
Ça m'a fait comme un choc électrique. Cette voix qui déchirait l'air... Pourtant j'y étais arrivée par une voie détournée: Good Morning Heartache, interprété par Nathalie Cole (la fille de Nat King Cole), que j'ai rapidement intégré à mon tour de chant. Plus tard, un ami m'a fait découvrir l'original par Billie Holiday et je me souviens m'être dit: Heureusement que je n'entends sa version qu'aujourd'hui ! Qui peut supporter la comparaison ? Ma relation avec elle a commencé ainsi, avec deux, trois chansons, mais en gardant une distance craintive. Billie Holiday est une « femme cathédrale », un monument intouchable. Parfois l'admiration rend timide, c'était mon cas. Puis, un jour, l'homme qui me regarde sans doute avec le plus d'amour et d'honnêteté, qui partage ma vie, m'a légitimée dans cette démarche. Il m'a dit : « Attaque-toi vraiment à son répertoire, il est pour toi ! Ose ! » Et j'ai plongé... Petit à petit, je me suis perdue dans son œuvre, sa vie, tout ce qui l'a construite et détruite, pendant deux ans, pour en sortir le spectacle. Aujourd'hui, j'ai la chance d'avoir, en plus, le regard d'Eric-Emmanuel Schmitt, qui s'est investi dans la mise en scène avec toute la passion qu'on lui connaît !

Votre nom de scène est masculin, on dit souvent que vous êtes une « femme à poigne », en plus du métissage, de l'artiste, c'est un fond commun avec elle ?
Vous avez raison, Billie Holiday était une grande résistante, une écorchée vive qui a survécu aux viols, à l'absence du père, à l'abdication de la mère, à la drogue, aux coups... Elle a su se tenir debout et extraire de ce magma tragique un art d'une force brute et âpre qui traverse les décennies. C'est une femme qui me donne beaucoup de courage. Nos vies n'ont rien en commun, bien sûr, mais nous partageons quelques éléments, comme le choix du nom de scène. Billie et Viktor, deux noms plutôt masculins... Le rapport à la figure paternelle. Petite, je croyais qu'il fallait être un homme pour réussir ! Billie, elle, a chanté pour gagner l'admiration de son père !

Y a-t-il un lien entre votre livre et le spectacle ?
Le spectacle est composé d'une vingtaine de chansons (choix complexe car il faut respecter l'alchimie d'un répertoire) entrecoupées de confidences sur sa vie, souvent extraites de son autobiographie, mais parfois démenties, et de séquences filmées qui plongent le spectateur dans l'atmosphère de l'époque. Je suis accompagnée d'un talentueux quartette de musiciens qui viennent de tous les horizons. Le livre, loin d'être une énième biographie, est un roman. C'est l'histoire de la passion d'une femme d'aujourd'hui pour Billie Holiday, provoquée par un secret de famille incroyable. Un secret qui agira sur elle comme un élément transgénérationnel. En lisant les différentes biographies de Billie Holiday, j'ai réalisé qu'aucun homme ne l'avait véritablement aimée. J'ai voulu lui inventer un amour absolu et réparer l'affront par la fiction...
Interview par Samuel Ganes
Paru le 24/11/2012

-
Haut