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© Fabienne Rappeneau


Daniel Picouly
La faute d’orthographe est ma langue maternelle
Pour sa première expérience de comédien, l'auteur de "L'Enfant léopard" retrace, au travers de ce seul-en-scène dirigé par Marie-Pascale Osterrieth, son parcours, celui d'un "cancre" devenu professeur, écrivain et animateur télé !
Il est rare de voir un romancier monter sur scène. Pour Daniel Picouly, cette aventure théâtrale est l'accomplissement d'un désir de longue date: «Jeune adulte, j'avais pris des cours pour préparer le Conservatoire de la rue Blanche. Ce qui avait affolé ma mère: venant d'un milieu populaire, je ne pouvais pas me le permettre puisque je devais gagner ma vie! Nos désirs ne s'accomplissent pas nécessairement dans l'ordre souhaité! J'ai eu la chance de rencontrer des professionnels qui m'ont soutenu dans ce projet, car j'ignorais les aspects logistique et technique du métier. Grâce à eux, je prends de plus en plus de plaisir au fil des représentations. Un plaisir partagé puisque la salle réagit bien.»

Ce projet fut déclenché par un retour sur les lieux de l'enfance: «Je visite souvent des classes, de la maternelle à l'université. Un jour, je me suis retrouvé dans la salle de classe de mes dix ans et les élèves ne sont pas venus. Ils étaient punis, suivant les traces du cancre que j'étais! Est alors surgie de ma mémoire une humiliation subie dans cette salle... Avec humour, tendresse et par tranches de vie colorées, j'ai voulu montrer qu'un cancre pouvait réussir. Ce n'est jamais qu'un élève qui n'est pas raccord avec ce que l'école attend de lui, et le métier d'enseignant n'est pas qu'une compétence technique: il requiert un minimum de psychologie pour aider ces élèves à réussir leur scolarité. Repérer les sujets sur lesquels les élèves ont peu d'humour (leur famille, leur condition...) et les distinguer de leur travail est essentiel, de sorte que les remarques, même les plus dures, ne soient pas vécues comme des humiliations. Quand elle est juste, la sévérité est appréciée des élèves puisqu'elle leur permet de s'élever... Le spectacle fait un pont entre aujourd'hui et une époque récente où les parents ne s'angoissaient pas pour l'avenir de leurs enfants. L'Éducation nationale jouait encore son rôle d'ascenseur social, tandis que, actuellement, un gamin d'un milieu défavorisé ne pourrait plus suivre l'itinéraire qui fut le mien. Il n'y a plus de fils d'ouvriers à l'université car c'est ainsi que le libéralisme fonctionne, avec son aristocratie financière et son élite, recrutées dans le même aquarium, pour verrouiller un système qui ne survit et ne prospère que par des purges terrifiantes.»

Au-delà de la réflexion qu'il induit, ce spectacle est une excellente manière de renouer avec un bel âge, celui de «l'unité entre le monde que l'on rêve et celui que l'on vit, et où l'on dispose encore des ressources pour résister au pessimisme, ce que mes parents m'ont légué avec leur esprit romanesque, leur humour et leur courage».
Portrait par Alain Bugnard
Paru le 14/11/2012

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