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© Claude Journu


André Pignat
Le style Interface et Shabbath aux Mathurins
André Pignat est suisse (du Valais). Ce géant d'1,94 m vit et vibre pour la musique... et la Compagnie Interface, qui « relie les disciplines -danse, musique, jeu- dans un langage commun pour un spectacle total ».
Deux danseuses chorégraphes Géraldine Lonfat et Stéphanie Boll et le compositeur André Pignat en sont les piliers d'Interface et participent ensemble à la fois à l'écriture et à la mise en scène de chaque création.
Depuis 1990, douze œuvres ont vu le jour, « permettant au public de vivre quelque chose de fort via l'émotion, tout art venant du cœur ». Pour avoir vu l'un d'eux (« Pazzi » qui s'appuie sur la vie de la carmélite Marie-Madeleine, pieuse et dévouée, qui s'infligeait des mortifications continuelles et éprouvait de profondes extases), je comprends parfaitement ce que veut dire cette phrase d'André Pignat. Sa musique, faite de sons de la vie, de la ville et de notes, nous investit pour nous amener à recevoir des émotions fortes incarnées par les danseuses.

Après « Teruel » sur la tauromachie, « Pazzi » sur la vie monacale et « Kaos » sur la relation de l'homme à la nature, Shabbath porte sur le pouvoir et la dictature. C'est le quatrième spectacle d'un cycle consacré au « Mythe de l'Homme ». Stéphane Albelda, à l'écriture, et le ténor Nicolas Gravier se sont rajoutés au groupe de création. Ils ont travaillé d'une manière très particulière, mais habituelle pour Interface. « Six mois durant, en vase clos, chaque artiste a eu tour à tour le pouvoir absolu sur les autres pendant un mois. Le cœur du problème résida vite dans la façon de demander et celle d 'obéir. C'est ce qui a nourri la partie émotionnelle du spectacle et que nous avons chacun retranscrit dans nos disciplines, danse, texte, musique, en interaction ».

« Shabbath, c'est le jour du pardon, notion très importante car si on ne pardonne pas, le désir de vengeance nous transforme d'abord en victime puis en bourreau... La question est : suis-je capable de pardonner ? ». L'action se situe pendant la Seconde guerre mondiale et raconte l'histoire d'un couple et de son enfant adolescent. Ce dernier, éduqué dans un système, reproduit ce que ses parents lui ont appris. Or la famille se retrouve soudain face à des contraintes et des contradictions et devra s'intégrer à la société telle qu'elle est. Comment va-t-elle rester en harmonie dans un univers de plus en plus en disharmonie ? Pourra-t-elle trouver la lumière dans ce monde qui s'assombrit chaque jour un peu plus ?

Au-delà, Shabbath décrit « le dictateur qui réside en chacun de nous et la contradiction entre l'aspiration du corps et de la raison dans un monde où les gens ne sont pas exactement ce qu'ils voudraient être et ou règnent l'intolérance et la suspicion ».

« Ce fil rouge amène le public vers une émotion et lui fait se poser une question essentielle : Et moi, de quel coté de la barrière me serais-je situé ? Ainsi, Shabbath ne relate pas seulement une histoire mais bien celle de chaque spectateur et donc de chaque bourreau et de chaque victime ! »
Portrait par Caroline Fabre
Paru le 26/09/2012

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