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Marc Paquien
© Bruno Perroud


Antigone de Jean Anouilh
au Théâtre du Vieux-Colombier
Marc Paquien met en scène "Antigone" de Jean Anouilh. Une « tragédie du quotidien » qui dessine une figure de résistance contemporaine incarnée par la comédienne Françoise Gillard.
L'"Antigone" d'Anouilh a été créée durant la Seconde Guerre mondiale. Quel geste politique l'auteur a-t-il souhaité accomplir en se réappropriant ce mythe grec ?
Marc Paquien: C'est toute la question de la pièce. Anouilh et Barsacq [NDLR qui a créé la pièce au théâtre de l'Atelier, en 1944] auraient très bien pu reprendre l'Antigone de Sophocle. Mais ils ont souhaité sortir du tragique pour parler de la vraie tragédie qui était en train de se vivre, pour parler « en direct ». Anouilh dépasse ici le mythe pour entrer dans une tragédie du quotidien.

Comment réinvestissez-vous cette pièce ?

La principale difficulté est de la situer. Le cadre esthétique de la tragédie antique n'est évidemment pas possible. Quant à l'illustration de la Seconde Guerre mondiale, elle me semblait redondante et presque trop lointaine. Il m'a donc fallu trouver un « ici et maintenant » qui vienne frapper notre conscience. Antigone est partout dans le monde. Partout des voix s'élèvent contre un pouvoir écrasant, partout la liberté est emmurée. On pense aux peuples qui souffrent, à la tragédie de la Grèce contemporaine...

Quels sont pour vous, par rapport à la version de Sophocle, les aspects les plus intéressants de la pièce d'Anouilh ?

La différence principale est que l'Antigone d'Anouilh se situe dans un monde sans dieux. La jeune femme ne parle plus par mysticisme, au nom des dieux, elle parle pour elle. Chez Sophocle, le peuple hurle pour Antigone. Chez Anouilh, il hurle contre elle, il veut sa mort. Et si elle choisit de mourir, c'est parce que le monde lui semble impossible à supporter, parce que rien ne peut combler son désir de pureté et de vérité. Elle est seule face à la montée des extrêmes : elle ne peut pas composer avec ce monde.

Quel regard portez-vous, plus globalement, sur l'écriture de Jean Anouilh ?

Je suis saisi par la beauté de cette écriture, par sa force poétique. Son théâtre a été un peu oublié et méprisé ces dernières décennies. Je crois pourtant qu'il se situe au-delà des modes et des époques. Il y a une simplicité de la langue extrêmement étonnante, un regard acerbe et sans concession sur notre monde, un goût étrange pour l'enfance... Le théâtre d'Anouilh est beaucoup plus tortueux, beaucoup plus violent que l'on ne pourrait l'imaginer.

Verbatim
Françoise Gillard : une Antigone d'aujourd'hui


« L'Antigone d'Anouilh est un être sombre, solitaire, entier, qui se bat sans répit contre le pouvoir pour défendre ses valeurs personnelles, pour dire non au système. C'est un personnage qui me plaît beaucoup, qui - au-delà des circonstances historiques de la création de cette pièce - me parle d'une jeune femme d'aujourd'hui. Dans la société égotiste dans laquelle nous vivons, cette société qui bafoue chaque jour les valeurs humanistes les plus élémentaires, il me semble que cette Antigone sans dieux a des choses fortes à nous dire. Elle défend des idéaux qui me touchent, qui me paraissent très beaux. Elle fait écho à ces groupes d'indignés qui, depuis quelques années, élèvent la voix un peu partout pour tenter de donner naissance à un autre monde. »
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 24/09/2012

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