Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

© Bruno Perroud


Volpone
Derrière l’horreur : l’humour.
Nicolas Briançon monte Volpone, le classique de Ben Jonson, au Théâtre de la Madeleine. Parmi les comédiens d'une distribution de grande qualité, rencontre avec un monstre sacré, Roland Bertin, et le jeune comédien Grégoire Bonnet.
Roland, vous avez plus de cent cinquante pièces à votre actif, près de soixante ans de carrière avec de nombreux films aussi. Qu'est-ce qu'on retient avant tout ?
Les rencontres, déjà. J'ai joué avec les grands : Chéreau, Régy, Pintilie, Lassalle, Planchon, Lavelli, Jouanneau, Vitez... Je suis un peu ivre de théâtre, vous savez. J'aime ça. Et puis le cinéma aussi : Renoir, Resnais, Chéreau encore, Costa-Gavras, Téchiné, Rappeneau, Leconte ou Dupontel. C'est l'humain en fait. Il y a un plaisir renouvelé, chaque fois, c'est un voyage humain. C'est une nouvelle aventure dans laquelle on s'embarque. Quelquefois, on ne s'embarque pas forcément pour Cythère, on reste même sur la rive et puis, parfois, c'est magnifique, et ça, c'est imprévisible, c'est avant tout ça le théâtre.

Il y a aussi la Comédie-Française.

Oui, pendant vingt ans. Je suis parti volontairement, mais j'en suis sociétaire honoraire maintenant. C'était important pour moi aussi de pouvoir m'échapper de temps en temps, d'avoir des expériences neuves et excitantes, sans cette assurance que propose le Français, dans le travail ou l'organisation des représentations ; ailleurs, l'imprévu est plus grand. Se mettre en danger, c'est important aussi. Et puis chaque troupe de théâtre est une communauté, elle se constitue avec le temps avec des affinités de cœur, au Français, c'est un administrateur qui choisit, c'est différent.

Quelle est selon vous la meilleure qualité d'un comédien ?

Être curieux, constamment. Par exemple, à la Comédie-Française, je vais voir toutes les pièces, je suis un fana de l'art drama ! Il faut être curieux des textes, curieux des autres, curieux de vivre. C'est ce qui me tient. Je veux continuer... Malgré quelques problèmes de santé, et avec l'avis de mes médecins, je continue, quitte à crever sur place, sur scène, je m'en fous. Tout sauf mourir d'ennui !

Revenons, avec Grégoire, sur la pièce.
Roland :
Pour moi, c'est une pièce étonnamment noire donc étonnamment drôle. Tout y est sombre et terriblement amusant car ce texte sonde notre nature humaine. C'est de la méchanceté d'horreur, Volpone est un monstre et autour de lui, mis à part un gentil couple, et puis la putain aussi, qui est assez sympathique, les autres ne sont que des petits monstres qui ne pensent qu'à l'argent. La chose merveilleuse avec Volpone que je joue ici, c'est qu'il est gourmand, alors il ne se lasse pas de ruser, de posséder, de tromper. C'est une vision très noire, très pessimiste de l'humanité.
Grégoire : Mon personnage, Corvino, est un personnage plus « sec », un marchand qui est dans le besoin d'argent. Il est pervers dans tous les sens du terme. C'est une ordure, sympathique mais lâche, qui tape sur sa femme et qui va jusqu'à la vendre. C'en est risible tellement c'est immonde. Mais l'auteur, Ben Johnson, a été considéré comme l'inventeur de « la comédie des humeurs », c'était un contemporain de Shakespeare, ami et rival, et beaucoup disent qu'il serait l'auteur de nombre de ses pièces. Volpone, avec L'Alchimiste, étant sa pièce la plus connue, est réputée pour être noire et grinçante.
Roland :
Oui, dans le fond, c'est un texte parfois immoral, et puis, dans la forme, cette pièce devrait être magnifique, entre Pierre-Yves Leprince aux décors et Michel Dussarrat aux costumes, avec qui j'ai déjà travaillé, visuellement ça devrait être redoutable.

Grégoire, après Le Douarec ou Moreau, vous voici sous la direction de Briançon.

Oui, j'ai eu de la chance. Je suis sorti des cours avec Thomas Le Douarec, qui m'a mis en scène une douzaine de fois. Puis, dernièrement, Jean-Luc Moreau, sur mes trois dernières pièces à Paris, et Nicolas Briançon, ici, qui a une approche très intéressante de Volpone. On apprend beaucoup sous la direction de grands metteurs en scène. Mais Roland parlait de l'aventure humaine et je dois avouer que jouer avec lui ou Yves Gasc, c'est aussi prendre une belle leçon de théâtre, aux côtés de gens si expérimentés. Mais, du coup, on est très humble, voire impressionné. Être comédien est un perpétuel apprentissage.
Dossier par Samuel Ganes
Paru le 11/10/2012

-
Haut