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© Bruno Perroud


Steve Suissa
Rencontre avec un être talentueux et attachant
Il met en scène "Le Journal d'Anne Frank" d'Eric-Emmanuel Schmitt, au Rive Gauche. Face à cet être passionné qui raconte sa vie - un vrai roman ! —, on ressent de façon intense à la fois sa luminosité et son côté sombre.
Né en 1970 alors que sa mère regardait un film de Steve McQueen... d'où son prénom, fils de boucher et promis au même métier, il claque la porte du domicile familial pour, à 14 ans et demi, vivre sa vie à lui : acteur. Bien que « pudique, introverti, voire autiste, n'ayant jamais ouvert un livre avant l'âge de 17 ans », il se présente au Cours Florent avec une scène du Parrain... et tire deux coups de revolver (un vrai) dans les pieds de Francis Huster parce qu'il parlait avec François Florent, « pour me déconcentrer, mais, pour moi, c'était un manque de respect ».

Contre toute attente, Francis Huster le prend dans sa classe ! Bien que très vite engagé à sa sortie, il décide de « ne plus attendre le désir des autres » et écrit, réalise et coproduit, avec Marc Esposito, L'Envol, film qui raconte son histoire. Depuis, cet hyperactif (levé à 5 heures, il travaille vingt heures par jour) navigue entre théâtre et au cinéma, mise en scène, écriture, réalisation et production. « Je ne vais pas aux cocktails mais je travaille. » Il aime « raconter des histoires de gens ordinaires qui ont envie d'avoir des vies extraordinaires, c'est-à-dire nous tous, et travailler avec des êtres humains qui ont envie de vivre les personnages avant de les jouer ».

D'où son enthousiasme pour Le Journal d'Anne Frank. « Schmitt a eu le génie de prendre un axe inédit, celui d'un père qui, deux ans après la mort de sa femme et de ses deux filles, découvre le journal de sa fille et s'aperçoit qu'il ne la connaissait pas vraiment. » « Ce projet me remue beaucoup. M'attaquant pour la première fois à une héroïne et non à un héros, je suis allé chercher ma « sensibilité féminine » et suis à fond dedans car on ne peut pas toucher un tel sujet sans peser chaque détail. » Ce qu'il nous propose ?

Neuf décors signés Stéphanie Jarre, une mise en scène très visuelle et très cinématographique - « la pièce est écrite comme un film avec une structure très moderne » -, des flash-back, des musiques au violon, un montage son avec bruits de la guerre, du parquet en dessous, de trains... et neuf acteurs. Parmi eux, Roxane Durand (vue dans Le Ruban blanc de Haneke) - « sublime, un stradivarius ! » - sera Anne, cette « petite fille complexée qui, se disant que sa sœur, bien plus jolie qu'elle, avait tous les atouts et pas elle, a décidé de faire de sa vie quelque chose d'incroyable, une œuvre ». Francis Huster (que Steve a magistralement mis en scène dans Bronx la saison dernière) sera Otto Frank. « Il est papa de deux filles et ses parents ont été déportés. Mon travail avec lui est de faire en sorte qu'il ne joue rien mais vive tout ! » Le souhait de Steve ? Que « les jeunes qui seront traînés là par leurs parents et grands-parents rient et pleurent avec eux et se disent : cette fille, j'ai envie d'être elle ! ».
Portrait par Caroline Fabre
Paru le 05/09/2012

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