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Marc Fayet
© Bruno Perroud


Le Scoop
Un thriller d’introspection journalistique
Un procès impitoyable met en scène sa nouvelle pièce "Le Scoop", qui se joue au théâtre Tristan-Bernard. À ses côtés, une comédienne émérite, Frédérique Tirmont, qui interprète une femme reporter.
Marc, quelle a été votre première motivation pour écrire ce texte ?
Marc :
Ma première envie était une confrontation sur fond de critique sociale. Un vieux journaliste face à un jeune qui commence dans ce milieu : deux générations et, surtout, deux regards différents des médias. Il y a une réflexion sur ce qu'est le journalisme aujourd'hui : la rapidité, les tweets, l'Internet, la disparition de la presse papier et puis surtout, le but de l'information qui flirte avec le sensationnel, voire l'affectif et le besoin de marquer, voire choquer. Aujourd'hui, on est dans le spectaculaire. Il suffit d'une phrase sur Internet, d'un tweet, le lendemain c'est partout, prenant des proportions effarantes. On ne veut plus prendre le temps de vérifier, d'attendre. D'ailleurs, j'avais mis en exergue du titre de la pièce : "Mieux vaut être le premier à se tromper, que le second à dire la vérité." C'est ainsi que ce jeune journaliste est commandité pour trouver un scoop qu'il doit soutirer à ce vieux journaliste sur sa vie. On entre dans un jeu de manipulation.
Frédérique : La première fois que je l'ai lu, j'ai trouvé ça génial - c'est un vrai thriller avec une intrigue, une réelle émotion. Il y a un propos intelligent et très riche, une dimension historique et sociale. Il montre combien les comportements et les mentalités évoluent, influencés par Internet, facebook, les tweets, les téléphones portables avec des textos en abréviations... Aujourd'hui, beaucoup d'entre nous sont juste plus pressés, ils vivent déjà différemment. Dans le journalisme d'antan, on prenait le temps d'écrire, de réfléchir, à présent, on préfère juste une bonne phrase écrite en dix secondes.

Outre la force de l'image, il y a aussi la force de la voix à laquelle vous n'échappez pas Frédérique, vous qui doublez Meryl Streep ou encore Emma Thompson.
Frédérique :
Oui, j'ai beaucoup de chance. Je viens d'une famille de chanteurs lyriques où la voix a un sens, une importance. Depuis 1971, je joue au théâtre sans discontinuer, j'ai fait de la pub, un peu de cinéma et de télévision et bien après du doublage bien sûr. Je ne soupçonnais pas la force de la voix, au point qu'il y a dix ans, quand je jouais Le Bel Air de Londres à la Porte Saint-Martin aux côtés de Robert Hirsch, des filles m'attendaient à la fin et elles avaient parié tout le long de la pièce pour savoir si j'étais bien la voix d'Emma Thompson. Dans les lieux publics, les gens font des double-takes quand ils m'entendent. Cette reconnaissance est surtout vraie avec Meryl Streep très populaire et prolifique, surtout depuis Le Diable s'habille en Prada. C'est magique et fou à la fois, mais je reste viscéralement une artiste de scène et je suis très heureuse de défendre ce texte aujourd'hui.
Marc : Et moi de pouvoir le monter, car c'est très difficile de nos jours de créer une pièce qui ne soit pas une comédie, même s'il y a de l'humour ici, et sans tête d'affiche.

Malgré vos nominations respectives aux Molière ?
Frédérique :
Oui, car nous sommes aujourd'hui, plus que jamais dans un combat où on tente d'imposer des choix artistiques plutôt que commerciaux. C'est terrible. On est en guerre contre quelque chose qui nous dépasse tous, qui s'est installé de façon pernicieuse.
Marc : Bien sûr que le divertissement est important et il y en a de qualité, mais c'est tellement plus gratifiant d'y mettre du fond, d'en profiter pour questionner et non pas juste "passer un moment où l'on va tout oublier". Le théâtre est éphémère certes, mais je voudrais qu'il le soit un tout petit peu moins, en y mettant du fond, en le reliant à notre vie, à notre intime.
Dossier par Samuel Ganes
Paru le 20/08/2012

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