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© Bruno Perroud


Jacques Vincey
D'abord comédien, Jacques Vincey enchaîne depuis plusieurs années les projets de mise en scène, avec sa propre compagnie -Sirènes- ou au sein de la Comédie-Française. Après avoir monté le Banquet de Platon au Studio-Théâtre, il investit le Vieux Colombier avec un Amphitryon qu'il nous promet magique, ludique... et cruel !
Que représente pour vous la Comédie-Française ?
C'est un passage très important pour moi car cette maison s'inscrit comme un sommet dans le paysage théâtral français, en mêlant tous les possibles et de grandes contraintes. Si la manière d'aborder le travail diffère d'avec ma compagnie, artistiquement j'y suis dans une même recherche. Je m'engage dans un projet avec l'envie de rassembler une équipe autour de questions que je me pose moi-même non pour les résoudre mais pour les restituer de manière aussi aigue et percutante possible aux gens qui viendront nous voir.

Pourquoi Amphitryon ?

Muriel Mayette m'a demandé de mettre en scène une pièce. J'ai proposé cet Amphitryon qui s'inscrit dans mon travail sur les « monstres », entre les Bonnes de Genet et La vie est un songe de Calderon (à la rentrée prochaine). Avec Molière, ces monstres sont dieux et doubles des hommes. Sa pièce brasse des registres extrêmement différents -de la farce à la tragédie, du spirituel au prosaïque...- De plus, elle parle du théâtre, du fait de croire ou pas à la fiction qui nous est proposée sur scène. Manipulation, dieux acteurs trompant les hommes, sont des fils que j'ai essayé de tirer le plus loin possible.

Quelle « vision » nous en proposez-vous ?

Quand on s'attaque à un texte tel que celui là, on s'attache déjà à réfléchir à sa richesse extraordinaire qui permet des entrées très différentes selon l'angle choisi. L'enjeu est de la faire résonner sans l'écraser sous un parti pris. C'est une pièce écrite au 17ème siècle qui parle de l'Antiquité, or nous sommes au 21ème siècle. Amphitryon étant un général revenant de la guerre auréolé de gloire, d'honneurs et du prestige de l'uniforme, j'ai situé la pièce dans l'entre-deux guerre, sans que ce soit manifeste. Pour les valets, personnages populaires, pleins de vitalité et roublards, mon inspiration vient du nouveau réalisme italien. Quant à ces dieux au dessus des lois, sans scrupules, désinvoltes, d'une grande cruauté et se permettant ce qu'aucun homme ne peut se permettre, ce ne sont plus, comme à l'époque de Molière, des gens investis d'un pouvoir de droit divin mais par l'argent, comme dans la mode et l'art contemporain, inaccessibles au commun des mortels, où tout est permis. On a essayé d'en restituer quelques signes qui, j'espère, titilleront l'imaginaire via un mélange d'ultra contemporain, d'archaïsme, d'animalité, d'excès et de liberté... mais je préfère laisser la surprise au spectateur.
Et c'est une « pièce à machines ». Des dieux viennent du ciel, y repartent. Le public s'attend avec un plaisir d'enfant à voir des effets magiques. Ils seront bien là ! Enfin, la place du public est au centre du dispositif. A la fois du côté des hommes et des dieux, parfois pris à parti par les uns les autres il est dans une position ambigüe : à quoi et qui croire ? Rire aux dépens de qui et quand ? Ou est la place de la morale dans tout ça ? Et bien sûr où est sa propre place en tant qu'homme ? Car les questions d'identité et de dépersonnalisation sont au centre du versant tragique de la pièce.
Interview par Caroline Fabre
Paru le 19/05/2012

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