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© Bruno Perroud


Jean-Renaud Leloup
Urgences du dimanche.Une comédie humaine et barrée
Après avoir mis en scène la saison dernière au Théâtre du Tambour-Royal "Britannicus" de Racine et deux pièces radicalement différentes sur la thématique de l'imposture : "Eva Peron" de Copi et "Le Tartuffe" de Molière, tout en dirigeant parallèlement des ateliers d'expression théâtrale professionnels ou avec des jeunes séropositifs, Jean-Renaud Leloup nous propose au Vingtième Théâtre "Urgences du dimanche", dont il est également auteur.
Ce titre fait "pièce de Boulevard", mais est-ce que c'en est une ?
C'est un clin d'œil, mais en fait ça n'est pas du tout une pièce de Boulevard. C'est une pièce drôle, mais surtout totalement sociétale. J'ai voulu, à travers ce texte, explorer aussi toutes les formes d'humour, du clownesque, du burlesque, de l'absurde, de l'humour noir jusqu'au graveleux parfois, avec certains personnages. Ce qui rend ce projet très exigeant, en plus du fait que j'ai une grosse distribution : onze comédiens sur scène, de 22 à 82 ans qui changent sans cesse de personnages exigeant beaucoup d'énergie. Dans un univers de cirque (de la vie), quelques êtres lumineux apparaissent comme de vrais mâts invitant au partage et à la sagesse.

D'où vous est venue l'idée de ce texte ?

Depuis plusieurs années, je fais un travail spirituel, une introspection qui me pousse à penser que chaque individu est totalement responsable de ce qui lui arrive. Je me suis rendu compte que j'ai toujours écrit sur toutes formes d'irrespect : Ève 2000, satire-bilan du statut de la femme en France, Mesquineries, Frustrations : où sont passés les slows ?... sur le jugement, l'asservissement, la manipulation... jusqu'au simple fait d'élever la voix. J'ai grandi en Afrique et surtout au Cameroun - les plus orgueilleux (Lol) - d'où je tiens mon tempérament et l'obsession du rythme et je me repassais des films de Chaplin et de Fellini. J'ai voulu ici des personnages et un style très fellinien, à travers le clown bien sûr mais aussi des individus atypiques, cabossés, comme nous le sommes tous à des endroits différents. L'action aussi est parfois décuplée, plusieurs scènes se passent en même temps et parfois dans la salle.

Pourquoi dans un hôpital ?

Le contexte de l'hôpital s'est imposé car à force d'observations, je me suis souvent demandé et, au final, aperçu que beaucoup de gens étaient là pour de mauvaises raisons (soignants comme patients). Comment des gens qui doivent être disponibles gèrent le fait de ne pas l'être et se perdent dans les abus de pouvoir, dans la fuite et le retranchement dans le simple plaisir de la manipulation ? J'ai toujours été intrigué et amusé par ces situations où la condition humaine profonde rencontre la bienséance d'une institutionpour mieux la détruire. On passe d'un univers où on doit soigner, rassurer, réparer, apaiser à un monde de chaos avec des gens qui attisent le feu, où les soignants sont eux-mêmes dans la fatigue et le mal-être. On est aussi dans une société où le monde de la santé manque de moyens financiers, où tout se dégrade et par le rire, c'est quelque chose que je voulais dénoncer aussi. J'aime aussi ce constat de notre condition humaine où l'homme qui veut toujours bien faire au départ, par précipitation, fatigue ou maladresse, fait justement ce qui n'est pas juste pour l'Autre. Je veux montrer, au fond, que l'humain (et je m'inclus totalement dedans) est un amateur (amateur de la vie), il fait souvent de travers, mais c'est justement ce qui le rend touchant et si humain !
Interview par Samuel Ganes
Paru le 16/05/2012

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