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© Béatrice Cruveilleru


Jean Dell
Un auteur parle de son métier
Contrairement à la plupart des auteurs de théâtre contemporains, Jean Dell est aisément identifiable. Il multiplie en effet les rôles, au ciné comme à la télé où la plupart d'entre nous le connaissent en tant que greffier dans la série "Le juge est une femme". Après avoir écrit plusieurs comédies avec Gérald Sibleyras ("Le Béret de la tortue", "Un petit jeu sans conséquence" - 5 Molière en 2003 -, "L'Inscription", "Une heure et demie de retard", "Vive Bouchon !"), il signe seul "Un stylo dans la tête", actuellement à l'affiche du théâtre des Nouveautés.
Cette comédie met en scène un auteur qui réunit des amis afin de leur annoncer que leurs petits et gros travers seront tous dans sa prochaine pièce. Dans le rôle principal, Francis Perrin parle du métier d'auteur.

Jean, je vous propose de développer quelques-unes de ses (vos) répliques...


"Le comique est seulement un miroir grossissant" :
évidemment ! Pour faire rire, il faut passer une situation à la loupe, en voir tous les détails, expliquer le mécanisme qui l'a amenée et raconter tout ce qu'elle entraîne.

"Du recul et de l'humilité, qualités primordiales chez un auteur" :
'ai connu des auteurs qui encadraient jusque dans les toilettes les affiches de leurs pièces ! Moi-même je suis mal parti : j'ai commencé en écrivant un sketch pour La Classe, on m'a dit "c'est pas mal, mais il faut le retravailler"... et j'ai claqué la porte ! Maintenant je sais qu'il faut sans cesse
retravailler son texte !

"L'auteur est un brigand masqué qui vole des idées par-ci par-là" :
outre le bon mot, car il faut des images pour expliquer des choses plus subtiles, j'ai cette impression de dérober, car je pars de ce et de ceux qui existent sans demander l'autorisation.

"L'écriture procure nuits blanches, doutes et souffrance" :
rien ne me vient spontanément et je suis toujours dans le doute. Écrire est une souffrance même si, après, je ressens un vrai plaisir. Certainement mon côté maso ! On plonge en eaux profondes. Chaque jour, il faut relire ce qu'on a écrit la veille et descendre, fouiller. Si l'on est dérangé, on remonte et il faut tout recommencer. Oui c'est pénible. Et puis il faut réécrire, à la demande des comédiens et des metteurs en scène. Mes pièces se sont toujours améliorées ainsi.

"Le théâtre est un espace de liberté" : c'est un exutoire. Il n'y a pas encore trop de censure. On peut y dénoncer des choses qui ne vont pas... et même y monter des pièces sans message... comme moi !

"Peut-on parler de ses amis, de sa famille ?" :
c'est une question que je me pose encore ! Mettre ses relations familiales en scène c'est un nid d'emmerdes. Ceux qui le font ont résolument envie de régler des comptes. Quant à ses amis, le risque existe aussi, car même si l'on ne parle pas d'eux, certains, paranos, se "reconnaissent". J'ai déjà entendu : "Elle a fait un enfant avec un con... c'est moi ?"

Pour finir, avez-vous déjà votre prochaine pièce en tête ?

Elle est en train de mûrir. J'essaie de développer l'interview de la plus belle femme du monde par deux journalistes... Le casting risque d'être un vrai challenge !
Interview par Caroline Fabre
Paru le 30/06/2012

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