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D.R.


Alexandra Lacroix
Le Monde de la Lune
Après "Orphée et Eurydice" de Gluck, puis "Didon et Énée" de Purcell, la compagnie Manque Pas d'Airs poursuit son exploration du répertoire théâtral baroque sur le mode contemporain. Alexandra Lacroix revisite ici un "drame joyeux" de Goldoni et Haydn avec cinq chanteurs et un pianoforte : afin d'épouser la fille d'un bourgeois féru d'astronomie, un jeune homme se fait passer à ses yeux pour un astrologue et lui administre une potion miraculeuse permettant d'atterrir sur la Lune.
Le répertoire baroque porte en lui l'essence et l'esthétique d'une époque. Dans quelle intention le privez-vous de cet imaginaire lorsque vous vous en saisissez ?
Faire redécouvrir des œuvres anciennes à tous les publics est l'un des objectifs premiers de notre compagnie. Ce type de partitions intimistes et subtiles s'adapte particulièrement bien aux petits lieux et permet d'apprécier un opéra ailleurs qu'à l'opéra. L'enjeu est ensuite de faire apprécier des instruments qui ne sont plus familiers à l'oreille - comme le clavecin ou le pianoforte - en les mêlant à des codes ou des éléments qui font partie de notre quotidien. Ce qui permet de faire ressortir le caractère intemporel de ces œuvres : tout en étant très drôle, Le Monde de la Lune aborde des sujets sociaux d'actualité. Goldoni a écrit un excellent livret - approfondi par Haydn - qui offre aux chanteurs un champ d'investigation gigantesque en matière de jeu et que je m'efforce de valoriser autant que la musique.

Quel traitement avez-vous réservé au Monde de la Lune ?

Il me paraissait intéressant de placer l'action dans les années 1970 puisque l'homme venait de faire ses premiers pas sur la Lune et que les autres sujets abordés entrent en résonance avec les combats de la fin du XXe siècle. Haydn offre aux femmes une place de choix et la manière dont il exprime leur recherche d'indépendance, leur aspiration à l'amour libre, est assez osée pour 1777. Il traite également de la lutte des classes : le serviteur devient empereur et le bourgeois est abaissé au rôle de serviteur... L'action débute dans une cave, celle d'un jeune ingénieur en électronique. Le bourgeois Buonafede se retrouve dans cet univers qu'il ne comprend pas, mais qui va lui permettre de communiquer avec la Lune. J'ai ensuite choisi de placer les scènes qui se déroulent chez lui dans la salle de bains, lieu d'intimité et de sensualité où les femmes peuvent mettre les hommes en situation d'infériorité. Enfin, un décor monochrome très contrasté, comme les clichés que nous a rapportés Armstrong, donnera à Buonafed e l'illusion de se promener sur l'astre lunaire.

Quelle est la morale de cette fantaisie ?

Tout au long de la pièce, Buonafede apparaît comme le sombre idiot, le dindon de la farce. Mais parce qu'il enlève sa pelisse de codes et de références bourgeoises qui l'ont empêché de mener la vie qu'il aurait aimée, il réussit, comme un enfant, à s'abstraire de la réalité pour croire en ce qu'il veut... Une force que les adultes perdent avec le temps !
Interview par Alain Bugnard
Paru le 21/03/2012

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