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©BM Palazon


Vol au-dessus d’un nid de coucou
“Notre système sociétal est un hôpital psychiatrique
C'est au Théâtre 13 que Stéphane Daurat reprend cette pièce inspirée du roman de Ken Kesey, rendu célèbre par le film. Nous le rencontrons avec deux de ses interprètes : Arnaud Perrel et Audrey Langle.
Stéphane, vous avez fait le choix de cette pièce pour parler de la folie ?
Stéphane : Surtout pour parler du rapport humain. Selon moi le vrai sujet, c'est la solidarité : comment des hommes - ensemble ! - peuvent s'aider, s'entraider, se sauver les uns des autres. Comment on peut lutter d'un côté, soumettre parce qu'on a le pouvoir de l'autre - c'est une vraie critique sociétale en fait. C'est un texte qui a cinquante ans, mais le propos est tellement actuel. On est dans un hôpital psychiatrique certes, mais la folie n'est qu'un prétexte pour arriver à cette critique de l'humain.
Arnaud : C'est vrai que cette pièce parle de la lutte de pouvoir, de l'individualisme et ce choix réellement intime qui est de se mettre des œillères et de rester indifférent à la condition de nos semblables ou au contraire de réagir, de s'impliquer et de braver la main qui veut soumettre ou faire du mal. Et puis le pouvoir, il y a celui qu'on laisse et celui qu'on prend.
Stéphane : Le choix des textes que je monte se fait toujours sur des coups de cœur. Pour cette pièce, comme pour des Souris et des hommes en 2000, c'est le roman, à l'origine de la pièce qui m'a plu, avant le texte de théâtre lui-même. C'était une redécouverte totale, par rapport au film dont je gardais des souvenirs assez différents et qui est, me semble-t-il, marqué dans son temps - le système psychiatrique n'est plus comme ça aujourd'hui. L'avantage du théâtre c'est que rien n'est figé et tout peut s'adapter pour trouver un écho dans l'actualité. Pour conclure sur le travail de cette pièce, ce sont trois grandes thématiques qui m'ont intéressé : l'enfermement symbolisé par la fenêtre grillagée, la liberté qui est la sortie et finalement ce que chacun recherche, et le pouvoir, la cabine de contrôle des infirmières.
Audrey : C'est vrai que le personnel soignant qui est censé être la "raison" est gagné petit à petit par une autre folie plus insidieuse qui est le pouvoir. Mais on est toujours le fou de quelqu'un non ? Chaque personnage ici a sa folie, comme chaque personne dans notre société, je pense.

Audrey, vous jouez deux rôles bien différents dans cette pièce...
Audrey : Oui, du coup je travaille sur ma schizophrénie ! En un changement express de costume, j'alterne entre Miss Flinn, infirmière introvertie, religieuse et droite, et Candy, jeune femme extravertie et délurée, l'altruisme est leur seul point commun. L'une fait partie des murs et l'autre est une pièce rapportée puisqu'elle vient rendre visite à son compagnon, MacMurphy qu'interprète Arnaud.

MacMurphy qui est le personnage principal ?
Arnaud : Contrairement au film, la pièce est très chorale et il n'y a pas de premier ou second rôle. Pour moi, ce personnage ce n'est pas vraiment une composition. Lui et moi, nous ne sommes pas très différents, mais quand Stéphane m'a proposé le rôle, j'ai un peu paniqué, car je passais derrière Nicholson... et aussi Tapie (rires). Mais la "petite histoire" de cette pièce est assez marrante, car c'est Kirk Douglas qui, après avoir lu le roman, voulait qu'on monte le film avec lui dans ce rôle. Pour ce faire, ils ont adapté l'histoire au théâtre et c'est là qu'il l'a jouée. Ils n'ont pas trouvé preneur pour l'adapter au cinéma tout de suite. Bien plus tard, c'est son fils Michael Douglas qui avait récupéré les droits et qui l'a produit, son père étant trop vieux, c'est Nicholson qui a pris sa place, l'un a récolté ce que l'autre a semé. Mais c'est Michel Creton qui a créé le rôle en 1974 en France, là c'est une vraie référence.
Audrey : Le metteur en scène nous a interdit de revoir le film.
Stéphane : D'ailleurs, la plupart des gens gardent un souvenir très sombre du film, une image très mélodramatique, alors que pour moi la pièce est tout autre. Il y a beaucoup d'humour, c'est empreint de beaucoup d'espoir, d'amitié et de liberté. J'ai voulu aussi monter la pièce sans aucun fond manichéen, il n'y a pas le personnel soignant méchant d'un côté et les gentils patients enfermés de l'autre. On est vraiment dans l'humain. C'est une vraie comédie dramatique avec ce que ça implique d'émotions, mais aussi de rires.
Paru le 01/01/2010

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