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©Pascal Victor


Line Renaud et Ladislas Chollat
dans "Harold & Maude" au Théâtre Antoine
Depuis qu'il a vu sa mère défaillir le jour où elle le crut mort, Harold simule suicide sur suicide pour tenter d'établir avec elle un dialogue qui leur permettrait de se redécouvrir, plutôt que de vivre selon les conventions puritaines de la bourgeoisie américaine. C'est finalement auprès de Maude, vieille dame excentrique et philosophe rencontrée lors d'un enterrement, qu'Harold découvre le sens de la vie et la tendresse qu'il en attendait.
Ladislas Chollat
metteur en scène


Après L'Ouest solitaire, mis en scène à Marigny en 2011, Ladislas Chollat retrouve Line Renaud qu'il avait dirigée en 2009 dans Très Chère Mathilde. Son adaptation de la pièce de Jean-Claude Carrière, inspirée par le film de Colin Higgins et Hal Ashby, se révèle lumineuse et poétique, alternant situations grand-guignolesques efficaces - dans lesquelles Claire Nadeau jouant la mère d'Harold excelle - et scènes intimistes, taillées sur mesure pour Line Renaud, tandis que Thomas Solivarès campe en toutes circonstances un Harold particulièrement émouvant.

"La pièce pose la question de la vie, de la mort et donc du sens de la vie. Il doit être, selon Maude, tourné vers la transmission en faisant le pari de la rareté de l'individu. Contrairement à la mère d'Harold qui veut que son fils ressemble à tous les garçons de son âge, Maude lui explique que sa richesse est sa rareté - ce que nous rêvons tous d'entendre, surtout à l'adolescence ! J'ai donc eu envie de créer un monde très fermé, très droit, le monde de chez Harold, face à l'univers de Maude, beaucoup plus coloré, ouvert et onirique, et d'ainsi opposer scènes de rêve et de cauchemar - (ndlr : cauchemar burlesque !) -, pour montrer qu'une société trop cadrée finit par craquer. J'ai choisi de laisser l'action en 1971, aux États-Unis, sous la présidence de Nixon, très conservatrice, où tout ce qui dépassait dérangeait.

À sa sortie, le film avait d'ailleurs choqué la société américaine. C'est dans les campus qu'il a trouvé son public. (Pour l'anecdote, j'ai joué Harold à 13 ans dans une troupe amateur de Marseille et j'ai conservé quelques gags que j'avais inventés à l'époque !) Cette pièce entre en résonance avec ce que nous vivons actuellement, à savoir le désespoir provoqué par la marche de l'Empire néo-libéral, sauf que nous n'avons plus l'échappatoire que représentait le mouvement hippie. Aujourd'hui, nous sommes tellement submergés par nos problèmes que nous avons perdu notre capacité à rêver, ce qui nous entraîne en permanence dans des zones de pessimisme, d'accablement.

Il faut suivre ceux qui nous invitent à relever la tête, à cesser de subir pour redevenir maîtres de nos destins et transcender nos existences. Je pense que les Français doivent eux aussi faire le pari de leur rareté. J'ai d'ailleurs écrit une pièce, 'Je ne serai pas au rendez-vous', actuellement aux Mathurins, qui parle des hasards de la vie qui n'arrivent en réalité jamais par hasard, et des rêves qui peuvent toujours se concrétiser si l'on y croit vraiment..."


Line Renaud
est Maude


Un rôle taillé sur mesure nous l'avons dit, puisque la chaleur, la fantaisie, la verve et l'énergie de Maude font écho à celles de Line : "J'ai beaucoup de chance d'avoir un tel capital santé ! Cela vient des gènes de ma famille - du côté des femmes surtout ! -, de mon tempérament, mais aussi de ma passion pour ce métier ! On m'avait proposé Maude il y a une dizaine d'années, mais je considérais qu'à 70 ans, j'étais trop jeune pour le personnage ! À cet âge-là, il peut encore se créer une ambiguïté sexuelle alors qu'à 80, l'histoire entre cette vieille dame et ce jeune garçon reste très pudique. Il y a deux ans, j'ai également refusé une proposition des Américains qui voulaient faire de cette pièce une comédie musicale. (La partition était mauvaise et d'ailleurs, le spectacle ne s'est jamais monté !) Tout ça pour dire que Maude était dans mon destin et que j'ai accepté la proposition de Ladislas, car je connaissais sa sensibilité : à aucun moment, Maude ne cherche à séduire le gosse.

Elle réussit simplement par sa présence et sa vision de l'existence à lui faire reprendre confiance en la vie. Je me sens à ce titre très proche d'elle : Maude est une passionnée de la vie, la transmission lui tient à cœur, elle aime à faire redécouvrir la beauté d'un coucher de soleil, des mouettes, des étoiles... Son vécu incroyable lui a permis de forger sa propre philosophie. Pour elle, la mort fait partie de la vie. Elle le dit au début : 'À 75 ans, il est trop tôt pour mourir ; à 85, trop tard : on n'avance plus, alors autant être de l'autre côté.' Sur ce point-là, je suis en désaccord avec elle : pour moi, vieillir, c'est vivre. D'autant qu'en forme comme elle l'est, elle n'est pas prête de mourir !"
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 07/04/2012

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