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Raphaëlle Cambray
Bruno Perroud


Nuremberg, la fin de Goering
Notre passé, miroir du présent
Arnaud Denis, que l'on a vu dernièrement dans "Autour de la folie", nous convie au Vingtième Théâtre pour une création sur le procès de Nuremberg, qu'il a écrite et dont il signe la mise en scène. Nous rencontrons avec lui, la comédienne Raphaëlle Cambray qui fait partie de la distribution.
Revenons sur l'écriture de cette création...
Arnaud Denis :
Ce spectacle est le fruit d'une gestation de plusieurs années de recherches. À la base, je voulais porter au théâtre l'analyse d'un monstre, car il fascine. Goering en est un, c'est un Richard III du XXe siècle. Je voulais une pièce qui mêle réalisme documentaire et véritable dimension shakespearienne. Je me suis appuyé sur les carnets de Nuremberg du psychologue Gustave Gilbert qui relatent ses conversations avec Goering dans sa cellule, et le texte même du procès de Nuremberg, qui est déjà du théâtre.
Raphaëlle Cambray :
À la première lecture, ce qui m'a plu c'est l'absence totale de toute forme de manichéisme. Arnaud a réussi un enchevêtrement de plusieurs points de vue, qui peuvent être parfois grinçants, mais qui font avancer le propos par leur pertinence. Ce bel objet théâtral arrive à s'extraire de toute lourdeur fastidieuse, celle qui guette souvent la mise en scène d'un procès. C'est un éclairage multidirectionnel qui sollicite l'intelligence du public.

Comment considère-t-on la difficulté à porter à la scène de véritables personnages historiques ?
R. C. :
Je tiens le rôle de Marie-Claude Vaillant-Couturier, qui incarne à la fois la résistance, mais aussi la femme déportée, puisqu'elle fut communiste et emprisonnée pour cette raison. Elle représente le témoignage in vivo des camps de concentration. S'approprier un personnage, réel ou fictif, passe avant tout par le fond du propos, plus que par sa forme et il faut échapper à toute forme de pathos ici. Je me suis interdit de regarder les archives filmées du procès. Le matin de la première, j'en regarderai quelques secondes, juste pour recevoir une étincelle de vérité, bousculer un peu le travail déjà fixé et mélanger toutes les cartes de notre jeu intime.
A. D. :
Oui c'est toujours délicat. Éviter de copier les mouvements ou la façon de parler fut vite une évidence, je préfère que les comédiens soient les porte-parole des rôles. J'ai des interprètes de talent et expérimentés, ils sauront les incarner en
évoquant mais sans imiter.

Selon vous, quel écho Nuremberg a-t-il sur notre présent ?
R. C. :
Ma formation d'historienne m'a démontré à quel point le passé conditionne avec bonheur ou fureur notre présent. La pire folie serait de préférer un oubli de circonstance ou de confort. L'actualité nous le prouve chaque jour : les dictatures et tout ce qu'elles impliquent d'horreur dissimulée sont toujours là.
A. D. :
Toute une génération encore jeune ignore ce que cet événement a pu représenter. Et parmi les générations qui s'imaginent connaître ce qui s'y est dit vraiment, beaucoup seront surpris, je pense. Aujourd'hui, à l'heure où les dictateurs tombent de tous côtés, il est indispensable de comprendre à nouveau pourquoi nous ne serons jamais vraiment à l'abri de cette part de monstruosité qui peut surgir n'importe quand, n'importe où. Il s'agit d'un point de rencontre entre le devoir de mémoire et le théâtre.
Interview par Samuel Ganes
Paru le 02/02/2012

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