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D.R.


Michel Boujenah
Générer des émotions
Après avoir abordé les thèmes de la mémoire ("Les Magnifiques"), de la paternité ("Mon monde à moi") ou encore posé la question "est-il possible de changer l'histoire du monde si on avait la possibilité de voyager dans le temps ?" ("Le Petit Génie"), Michel Boujenah nous interpelle sur la liberté dans "Enfin libre"... avant de se retrouver, dès avril à Marigny, à l'affiche d'une pièce de Woody Allen.
Michel, être sur scène, est-ce une libération ?
Au contraire ! Vers 15 ans, je pensais me diriger vers la médecine et faire du théâtre pour m'amuser avec mes copains. Or, ce métier s'est imposé à moi. Il m'est aussi essentiel que manger ! Mais s'il a transformé ma vie en aventure formidable, il me consume et si un jour je prends ma retraite, ce sera parce que mes peurs et angoisses seront plus fortes.

Donc, vous ne vous êtes pas libéré de celles-ci ?

Non, je suis très torturé... sinon je ne ferais pas rire ! Mais j'ai moins peur... car personne ne peut plus rien faire contre moi. C'est trop tard, il fallait me tuer avant !

Alors, en quoi vous sentez-vous libre ?

Si j'étais un pianiste, le piano serait le prolongement de moi. Il serait moi et moi je serais lui. Pour moi, ce sont les mots, la scène, les thèmes abordés. Et enfin, au bout de trente-trois ans de travail, je peux faire ce que je veux et dire "si vous n'êtes pas content tant pis !". Je ne me demande plus "qu'est-ce que composer ?", je m'en fous, je crée ! Ni dans le politiquement correct, ni dans l'incorrect, l'un étant aussi complaisant que l'autre. Je suis heureux de trouver de belles idées et du sens à mes histoires car, si en apparence je suis un artiste assez léger, puisque je suis humoriste, je donne du sens à mon travail.

Que faut-il savoir pour être libre ?

Qui on est... Or, ça, c'est l'œuvre d'une vie et quand on y arrive enfin, c'est trop tard, on meurt !

Alors, de quoi parlez-vous ?

Ma culture juive m'a amené à réfléchir. C'est l'un de nos sports préférés : nous sommes les rois, non des réponses mais des questions ! Comme l'escalier d'Escher, je vais dans tous les sens. On a l'impression que je n'en sortirai jamais mais, en fait, je veux rester dans ce monde-là et mon spectacle me ressemble : ma pensée galope entraînant des digressions. Je passe d'un sujet à un autre et parfois je dis n'importe quoi. En parlant d'un grand neurobiologiste qui a découvert que les hommes ont besoin d'avoir beaucoup de femmes, j'introduis le mensonge, inhérent pour moi à une relation amoureuse harmonieuse. Car au travers d'une série de portraits de gens qui ont du mal à être eux-mêmes, je parle de moi. Ainsi, je dis que je vais mal parce que ma mère m'a enfermé derrière un mur de boulettes. Or c'est une image, car quand on est en diaspora, la famille est son seul pays. D'ailleurs, je sais que ma mère nourrice c'est la mer Méditerranée, car je suis méditerranéen... presque avant d'être juif. Mais pour résumer, ce n'est pas tant ce que je dis qui compte c'est surtout le bordel que j'installe pour le dire. Je veux avant tout générer des émotions, car c'est ce que je demande en tant que spectateur à un artiste !
Interview par Caroline Fabre
Paru le 03/12/2011

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