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Bruno Perroud


Didier Long
“Un metteur en scène a avant tout le devoir de curiosité”
C'est au Théâtre Hébertot que Didier Long nous propose "Youri", une comédie de Fabrice Melquiot, avec un trio d'interprètes : Anne Brochet, Jean-Paul Rouve et Jacques de Candé. Il nous parle de cette création et de son travail de metteur en scène
Didier, parlons de Youri.

On se tourne autour depuis un moment avec Fabrice Melquiot. À la première lecture de cette pièce j'ai été conquis. Une nécessité et une volonté : mettre en scène Youri. C'est une pièce à l'écriture solaire, rapide, surprenante, un cran au-dessus du naturalisme. Et magnifiquement jubilatoire, comme toujours avec cet auteur à l'univers si personnel. De la thématique apparemment dramatique éclot la comédie, féroce, insolente, sans concession, jusqu'à l'absurde parfois. Ici, Agathe et Patrick forment un couple que nous connaissons bien, et tout entier dans le désir d'enfant. Le couple espère, en vain. Un jour, Agathe ramène à la maison un gamin trouvé au rayon des réfrigérateurs chez Leclerc. Youri doit combler toutes les attentes, mais Youri ne parle pas, il semble étranger à lui-même. C'est une énigme. Il révèle la réalité du couple au-delà de son quotidien bien réglé. Comment vivre désormais avec Youri qui modifie les équilibres que l'on pensait immuables...

Comment êtes-vous devenu metteur en scène ?

D'abord comédien au sein de compagnies, puis en indépendant, très vite s'est imposé(e) le désir, la nécessité - j'aime bien ce terme au théâtre - d'orchestrer, de découvrir auteurs et interprètes, d'approfondir les mécanismes, les rouages qui mènent à la création et à la réalisation d'un projet. Réunir une équipe homogène. Je lis beaucoup. De nouveaux auteurs, des univers différents. Pour moi le principal danger c'est de se répéter, de se conforter dans ce qu'on a déjà éprouvé. Je me laisse surprendre, émouvoir et séduire.

Comment allez-vous à la rencontre des textes ?

On m'en envoie beaucoup, j'essaie de tout lire. Et je pioche aussi au hasard dans les librairies, les auteurs que je ne connais pas. La plupart des pièces que j'ai mises en scène sont des créations : Le Roman de Lulu de David Decca, Pâte feuilletée d'Alain Stern, Théorbe de Christian Siméon, L'Hygiène de l'assassin d'Amélie Nothomb, Marie Stuart de W. Hildesheimer, Alexandra David-Néel de Michel Lengliney... Et puis des thèmes qui me sont chers comme la place de l'individu dans la société, la recherche de l'identité sexuelle pour Equus ou pour Mademoiselle Else, du couple comme pour L'Amant d'Harold Pinter ou Youri justement.

La définition d'un metteur en scène selon vous ?

Avant tout, le metteur en scène a un devoir d'ouverture, de curiosité vis-à-vis des textes, des créateurs, des artistes, il est en remise en question constante et constructive, tout au service du projet qu'il sert. Il a un devoir de ne rien laisser au hasard dans le travail, tout en laissant la part de mystère inhérent à l'humain. Les répétitions sont un mélange de rigueur, d'infinie souplesse et de patience aussi. Un laboratoire de recherche, ludique et exigeant. Une pièce au bout du compte doit être rigoureusement tous les jours la même entité et pourtant jamais totalement identique d'une représentation à l'autre. Comme un mouvement ondulatoire d'une représentation à l'autre, imperceptible pour le public. Plus le travail est précis, plus la liberté (contrôlée) peut ensuite s'exprimer.

Et cette liberté est garante de fraîcheur et de joie tout au long des représentations. Et puis l'organisation, la construction d'une équipe, interdépendante, le fait de générer l'écoute entre chacun, d'être attentif aux doutes et aux desiderata de tous, aux propositions conscientes ou inconscientes des interprètes pour rebondir, tester, définir un cadre, une direction, un univers personnel. Rien de pire que la frustration pour un comédien, je respecte les volontés de se perdre dans une piste même si je sens, intuitivement que nous l'abandonnerons très vite. Évoluer sans manichéisme, explorer une voie et comprendre que la voie contraire est aussi juste, c'est contradictoire et pourtant nécessaire. Et le travail du metteur en scène ne s'arrête pas quand le public arrive. Le metteur en scène prend par la main, accompagne sa création tout au long de l'exploitation.
Interview par Samuel Ganes
Paru le 25/09/2011

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