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D.R.


Interview : Elisabeth Chailloux
“Le Baladin du monde occidental”au théâtre des Quartiers d’Ivry
Après "L'Illusion comique", de Pierre Corneille, Elisabeth Chailloux met en scène "Le Baladin du monde occidental" de John Millington Synge. Une pièce sur le pouvoir des mots qui tend à montrer que l'illusion est toujours plus belle que la réalité...

Un anti-Œdipe irlandais

Vous présentez Le Baladin du monde occidental comme le second volet d'un diptyque initié avec L'Illusion comique. Quel lien faites-vous entre ces deux pièces ?


Tout d'abord un lien relatif à l'écriture. La première pièce est française, la seconde irlandaise, mais toutes deux déploient une langue folle, une langue totalement poétique que personne ne parle. Pour L'Illusion comique, il s'agit de la langue merveilleuse que crée Pierre Corneille à partir de l'alexandrin. Pour Le Baladin du monde occidental, il s'agit d'une langue inspirée par les habitants des îles Aran, langue que Synge s'est totalement réappropriée pour donner naissance à un langage archaïque et raffiné. Parmi toutes les traductions disponibles, j'ai choisi celle de Françoise Morvan qui est, je trouve, la plus audacieuse, la plus extrême, celle qui prend le plus de risques en renversant totalement la syntaxe et l'usage habituel du français. L'autre chose qui relie L'Illusion comique et Le Baladin du monde occidental, c'est que ces deux pièces traitent toutes deux du pouvoir des mots, de l'illusion, de la différence irréconciliable qui sépare récit et réalité.

Dans les deux pièces, cette différence tend à montrer que l'illusion est toujours plus belle que la réalité...

C'est ça. Dans Le Baladin..., Synge nous raconte l'histoire d'un jeune homme, Christy Mahon, qui débarque dans un village poursuivi par la police, se rend compte qu'il parvient à captiver ses habitants en racontant qu'il a tué son père. Il devient subitement un véritable héros. Les hommes se mettent à l'admirer, les femmes tombent toutes amoureuses de lui...

Et quand son père fait son apparition, bien vivant, tout s'écroule...

Oui, Christy est, de ce point de vue, une sorte d'anti-Œdipe. En effet, alors que le malheur s'abat sur Œdipe lorsque celui-ci découvre qu'il a tué son père, pour Christy, c'est exactement le contraire : les ennuis commencent au moment précis où les habitants du village découvrent que son père est vivant !

Pour quelle raison avez-vous choisi de ne pas orienter votre mise en scène vers le réalisme ?


Pour moi, l'Irlande est avant tout un horizon poétique et intérieur, un univers de vents et de tempêtes intimement lié à l'idée de fantastique. J'ai donc choisi de faire en sorte que cette fable soit atemporelle : qu'elle puisse se passer à la fois ici et maintenant, ailleurs et nulle part... À travers cette histoire pleine de suspense et de rebondissements, j'ai vraiment envie de faire vibrer et rêver les spectateurs, de les plonger au plus profond des zones de l'imaginaire.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 21/10/2011

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