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D.R.


Au bonheur des hommes
Au programme de ce cabaret loufoque et corrosif, signé Jean-Marie Lecoq, les ravages de la mondialisation, traités par le prisme de ses dogmes emblématiques que sont le libre-échange - et son corollaire l'esclavagisme moderne -, la manipulation des consciences par le politiquement correct, le choc des civilisations, la mainmise sur le vivant par les firmes agroalimentaires... Véronique Ataly, Christian Gaïtch, Jean-Marie Lecoq et le groupe de musiciennes Djazz'elles se donnent la réplique sur une mise en scène de Philippe Quillet.
Jean-Marie Lecoq
auteur et interprète

Votre nouvelle création s'en donne à cœur joie avec les problématiques qui secouent l'opinion publique et dont on tente encore de nous dissimuler l'odieuse monstruosité ! Peut-on parler de cabaret engagé ?

Je ne m'inscris pas dans la lutte mais dans la satire, l'arme de distraction massive du bouffon ! Les thèmes abordés peuvent paraître graves, voire tragiques, mais le regard critique, l'impertinence, l'esprit frondeur nous poussent au rire. Et le rire fait réfléchir. Chanter pour ne rien dire ne m'a jamais intéressé. Il y a vingt ans, j'avais créé un Christophe Colomb (Molière 1991 du théâtre musical, ndlr) raconté par des gitans poursuivis par l'Inquisition, ce qui n'empêchait en rien la légèreté et le comique. Le champ actuel de la politique contient tant d'absurdités grotesques, que c'est un vrai bonheur de retourner ce champ à grands coups de pioches, pour espérer y faire pousser des fleurs de rire.

De quelle manière avez-vous choisi de traiter ces sujets ?

De la manière la plus simple et la plus directe. Pas de fil conducteur mais une succession de tableaux. Un cabaret c'est avant tout une rencontre de proximité avec un public. Un échange ! On joue ! On chante ! On fait jouer et on fait chanter ! La musique composée par Clarisse Catarino va du manouche au latino, en passant par le swing ou le musette. On parle du monde, donc toutes les musiques du monde peuvent nous accompagner. Elles sont entrecoupées de sketches ou de jeux qui nous conduisent à la chanson suivante. Notre seule prétention : le plaisir de s'amuser et d'amuser sur les thèmes dont on nous rebat les oreilles en boucle sur les chaînes d'info. Le tout à la manière de bonimenteurs ou plutôt de maudits menteurs !

Quels sont les traits de caractère emblématiques de notre époque que le spectateur découvrira sur scène ?

Nous incarnons trois salauds rigolos, nouveaux maîtres du monde, accompagnés par trois musiciennes du tiers-monde. Dans notre époque, ce qui m'intéresse le plus c'est la manipulation du langage (je m'y étais exercé avec mon spectacle solo Adam, le sans-logis de la logique). La langue de bois et le politiquement correct en sont les exemples les plus représentatifs. Qui, mieux que le théâtre, peut s'emparer des mots pour les retourner et en montrer la vacuité ou le non-sens ? Quand vous prenez le slogan "Travailler plus pour gagner plus", que vous le découpez et le retournez dans tous les sens, vous obtenez rapidement le sujet d'une chanson ou d'un sketch hilarant, qui ne peut que rejoindre l'inefficacité avérée de la mesure préconisée. Après tout, Les Précieuses ridicules de Molière n'étaient-elles pas autre chose que Les Guignols de l'info du XVIIe siècle ?


Christian Gaïtch
interprète

Il fut, pendant dix-sept ans, de l'aventure improvisée du Cercle des menteurs et s'est récemment illustré dans L'Échange de Claudel mis en scène par Emmanuel de Sablet, ou La Cour du lion d'Yveline Hamon, d'après les mémoires de Saint-Simon et les fables de La Fontaine, sur les coulisses du pouvoir à la cour de Louis XIV. "La pertinence de l'écriture de Jean-Marie Lecoq repose dans son décryptage au scalpel des traumas de ce monde. Jamais donneur de leçons, il se propose seulement de mettre en lumière nos agissements, nos silences, nos oublis... À chacun d'estimer si cette image nous convient ou nous inquiète... Certains spectateurs sont venus nous avouer avoir ri pleinement sur des sujets assez perturbants à leurs yeux. Comme le traitement du spectacle est celui d'un cabaret, la forme est plutôt urgente, et la satire laisse parfois un goût acide dans la bouche. Mais le rire permet de désamorcer la cruauté et la violence qui nous entourent. Sans doute de mieux les réaliser aussi... Nous sommes amenés à jouer plusieurs personnages. Chaque thème propose une galerie de portraits illustrant avec loufoquerie l'étrange fonctionnement du monde dans lequel nous vivons : des touristes en attente dans un aéroport, en passant par des chercheurs en bioénergie, des forains, des participants à un jeu culturel télévisé... et même des diables en mal de vivre !"
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 23/08/2011

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