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© Pierre Lochleiter


Jacques Bachelier
“Les Fourberies de Scapin
Directeur de la compagnie strasbourgeoise La Mesnie H.
- particulièrement attachée à la langue théâtrale d'excellence, de Beaumarchais à Shakespeare, en passant par Marivaux et Hugo -, Jacques Bachelier libère, avec
cette nouvelle création, la "machine à rêver" qu'est aussi le théâtre de Molière.
"Il y a pour moi deux histoires dans 'Scapin', celle d'un valet voulant protéger son jeune maître de son père et lui permettre d'épouser la jeune fille de son choix, et une seconde, plus mystérieuse et poétique, celle d'un homme désireux d'embellir constamment le monde. Raison pour laquelle je trouve insatisfaisant de monter 'Les Fourberies' comme une farce.

C'est, selon moi, davantage une machine à rêver qu'à faire rire. Dans le théâtre comique de Molière, ses héros voient la vie comme un conte de fées, ce qui leur pose un certain nombre de problèmes au quotidien et déclenche alors le rire du spectateur." Une perception de cette œuvre que Jacques Bachelier avait déjà explorée en 1985 aux Pays-Bas. "J'ai dû jouer 'Scapin' environ 200 fois et pour la première fois, à 30 ans. J'en ai aujourd'hui 55 ! Il est intéressant d'imaginer un homme vieillissant dont la spécificité, comme Peter Pan, serait de ne pas vouloir grandir, de voir le monde avec les yeux d'un enfant et d'essayer de faire triompher cette vision-là.

J'ai donc usé pour la mise en scène de références culturelles de mon enfance : l'univers de Dickens, "L'Île au trésor" ou certains films de Fellini (ses clowns étant des rêveurs). Le décor - inspiré de crèches que j'avais vues à la Chartreuse Saint-Martin à Naples et qui mêlaient rêve et réalité - est une espèce de port rocailleux, avec une maison suspendue un peu biscornue et des trous dans la roche dans lesquels les personnages s'engouffrent.

La boîte à malices de Scapin contient, quant à elle, toutes sortes de masques et de costumes nous emmenant dans différentes époques." Belle invitation au voyage, donc, que nous offre le Vingtième Théâtre jusqu'au 19 juin, et l'on ne saurait que trop remercier les artistes gardiens d'une certaine tradition, luttant ainsi contre le triomphe de la laideur : "J'ai l'impression qu'un brechtianisme mal compris a voulu ramener le théâtre à la réalité, ce qui lui a fait beaucoup de mal. Le théâtre était à l'origine un divertissement au sens noble du terme. Mais une certaine idéologie a considéré que sa conception était trop bourgeoise et qu'il fallait détruire cet idéal. Elle a aussi mis la main sur l'éducation dramatique en France.

Les jeunes acteurs ne sont plus formés comme il faudrait pour servir des textes classiques qui véhiculent une énergie aussi redoutable que celle de Beethoven pour un pianiste amateur ! On essaie de faire croire que c'est la modernité de parler banal sans effort de diction. Il n'y a qu'en France que la culture a été ainsi vampirisée. Nos élites continuent de penser que nous sommes à la pointe du progrès quand nous serions plutôt à la pointe du déclin !"
Portrait par Alain Bugnard
Paru le 20/05/2011

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