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© Bruno Perroud


Laurent Gérard
Un homme se met à nu
Après quinze ans de théâtre, pièces classiques ou plus contemporaines, Laurent Gérard passe au mode solo, avec "Gérard, comme le prénom", spectacle qu'il a écrit et dont la mise en scène est signée Christophe Luthringer.
Pourquoi ce titre ?
J'ai dû assumer la ressemblance de mon nom avec celui de Laurent Gerra, y compris au sein de ma famille ! Ainsi, une tante, belge, ce qui n'explique pas tout, a félicité ma mère pour mes chroniques à la radio ! Je me suis posé des questions : trouver un nom d'artiste ? Inverser nom et prénom ? J'ai décidé de rester Laurent Gérard !

Alors, le sujet de ce spectacle, c'est vous ?

C'est en effet un spectacle très personnel. Le fait de passer le cap des 40 ans - car c'est l'homme qui nourrit le comédien - m'a permis de franchir le pas et de transformer ma crise identitaire en crise de rire. Je parle par exemple de ma part de féminité, ce qui est différent de l'homosexualité. Comme je le dis dans le spectacle : "Je ne suis pas homo, ni hétéro ni même bi... je suis sexuel." Je parle aussi de mon corps. Je suis très mince, maigre disent certains. Cela m'a amené à aborder le sujet de la norme, gros et maigres, même combat. Il y a aussi ma famille, mes origines...

Ce spectacle a-t-il réglé cette crise ?

J'aime ce mot de Beckett "Face au pire jusqu'au rire", car derrière chaque bonne comédie il y a d'abord une tragédie. Mais pour rire de sa souffrance, il faut avoir fait le deuil du passé. Ce n'est pas une démarche thérapeutique, éventuellement un spectacle réparateur qui accompagne ma renaissance. J'arrive sur scène avec ma joie, pas ma tristesse. Je dis des choses qui me tiennent à cœur mais avec humour et autodérision.

Quel genre d'humour ?

En tant que spectateur, je suis sensible aux spectacles donnant des images personnelles, mais que mon imaginaire, en cherchant dans son fichier de références, fait correspondre avec ce que je suis, vis ou ai vécu. Alors, ça fait tilt ! J'utilise donc la vanne métaphorique qui permet de dire beaucoup de choses, y compris un peu canailles comme l'épilation intime, la sodomie... sans jamais être taxé de vulgarité.

Y a-t-il des personnages ?

Oui, j'en ai créé à partir de plusieurs que je connais. D'autres, je les ai rencontrés, des ininventables comme disait Guitry. Comme je crois beaucoup à l'empathie que l'on a pour ses personnages, je me suis vraiment penché sur leurs mécanismes psychologiques. Et puis, il y a ma mère, personnage truculent qui rappelle une parente à bien des spectateurs.

De fait, vous venez de conclure une tournée en province. Comment avez-vous été perçu ?

Ce constat de ma vie semble faire écho. Beaucoup d'hétéros m'attendent à la sortie et je prends cela pour une réussite car je ne voulais pas me cantonner au gay friendly. Ils tiennent toujours à me rassurer sur eux en précisant qu'ils sont bien hétéros. Ce que j'ai évoqué leur parle, ils me demandent des adresses... Il ressort également que l'on reconnaît ma sincérité. Et puis, il y a les rires. Quelle joie de les entendre !
Interview par Caroline Fabre
Paru le 04/05/2011

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