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© Emma Barthere


Stéphanie Tesson
Une visionnaire dans un monde en vrac
Après une maîtrise de lettres sur Pirandello et Diderot où elle transfère le paradoxe du comédien sur celui de l'écrivain, Stéphanie Tesson suit dix ans durant des études théâtrales : cours Pierre Reynal, puis cours Florent, et enfin Ensatt (ex-rue Blanche). Elle a créé sa compagnie Phénomène et Cie et s'inscrit ainsi dans un vrai parcours de metteur en scène, auteur et comédienne. Cette artiste accomplie présente aujourd'hui "Revue d'un monde en vrac" au Théâtre 13, qu'elle a écrit et mis en scène.
Expliquez-nous la genèse de ce spectacle.
C'est une création, une écriture personnelle, qui est née lors d'une résidence d'auteurs l'année dernière au théâtre Artistic-Athévains. C'est une revue, à la fois revue cabaret et revue de presse, une fresque un peu prophétique et fantastique, très symbolique et allégorique, du monde comme il ne va plus, comme on peut le feuilleter dans un journal. Je me suis d'ailleurs abonnée au Monde que je lisais tous les jours, et j'ai transcrit cette actualité à travers ma vision. Ça n'a aucune portée objective, ni aucune prétention sociale, philosophique ou politique. Je ne propose pas une idéologie ou des solutions, c'est ma pure interprétation artistique du monde : un comédien qui s'est déguisé en phoque pour représenter à la fois le théâtre vivant, et une espèce animale sur la banquise en voie de disparition, la dernière fleur du monde qui vient nous parler, ou encore un kamikaze qui a sa ceinture d'explosifs mais qui ne retrouve pas son briquet.
On est dans l'actualité à travers la dérision, la farce et la poésie qui font notre quotidien, comme on le faisait déjà au Moyen Âge. Vous savez que, cinq cents ans après, on est en train de revivre exactement la même chose : un basculement des techniques de communication, une hégémonie des frontières, les guerres de religion et les épidémies. J'ai beaucoup travaillé sur cette période où la Renaissance prenait le pas sur l'obscurantisme médiéval, où on se débarrassait des vieilles peurs mystiques, et surtout d'une soumission à Dieu pour entrer dans l'univers de l'Humanisme, où tout était vu à travers le "savoir".
Dès lors, dès que l'homme parvient à la science, il devient son propre maître et se libère de toute foi. Aujourd'hui, c'est le contraire, il y a une espèce d'aspiration affolée à retrouver un lien avec le spirituel, quelque chose qui nous dépasse et qui pousse certains à relativiser le savoir au profit de la croyance. J'aime cette idée d'une bascule millénariste, dont les plateaux s'inverseraient tous les cinq cents ans ; ça nous apprend beaucoup sur ce qu'on vit aujourd'hui.

Vous êtes une sorte d'aède, une scalde moderne ?

Ça peut paraître prétentieux, mais oui, je me considère comme un poète, je n'ai pas d'autre vertu que de chanter mes émotions. La poésie, la métaphore, l'allégorie sont pour moi des armes un peu délaissées par le XXe siècle et qui donnent des choses magnifiques. J'ai souvent mis en scène les écritures de poètes avec lesquels je me sens très en affinité : Lorca, Musset, Obaldia... Je sens en eux des pères et des repères qui me permettent d'exprimer mes rêves. Je suis venue au théâtre par l'écriture, mais je ne sépare pas mon travail d'auteur, de metteur en scène ou d'interprète. J'ai toujours voulu fabriquer du spectacle. Je suis un être de théâtre, fait de planches et de rencontres.
Interview par Samuel Ganes
Paru le 09/06/2011

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