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© Marion Stalens


Pierre Pradinas
met en scène “29 degrés à l’ombre” / “Embrassons-nous, Folleville !” d’Eugène Labiche
Le metteur en scène Pierre Pradinas dirige Romane Bohringer, Gérard Chaillou, Thierry Gimenez, Gabor Rassov, Matthieu Rozé et Cyril Monteil dans deux pièces courtes d'Eugène Labiche. Au théâtre de la Tempête.
Quel regard portez-vous sur l'œuvre d'Eugène Labiche ?
Labiche a écrit plus de cent soixante-dix pièces. C'est un extraordinaire observateur de la société de son époque et c'est, bien sûr, sous forme de comédie qu'il a choisi de la raconter. Il place ses personnages dans des situations explosives qui révèlent les failles de leur personnalité, leurs défauts, leur ridicule. Il montre ce qu'ils veulent cacher et cela nous fait rire. Labiche est aussi un dramaturge accompli. Il se sert à merveille des possibilités offertes par la dramaturgie théâtrale, même s'il est impossible de réduire son théâtre à une mécanique. Si cet auteur nous touche encore aujourd'hui c'est qu'il a saisi quelque chose d'universel dans l'humanité qu'il décrit.

Qu'est-ce qui, dans ce théâtre, intéresse particulièrement le metteur en scène que vous êtes ?

J'ai toujours eu le goût de la comédie "critique". Quand elle est réussie, elle crée un rire libérateur et complice. Plutôt que de subir, on rit, cela donne de la force.

Pourquoi avoir choisi de mettre en regard ces deux pièces ?

J'ai déjà eu l'occasion de monter plusieurs pièces courtes de Molière, notamment à la Comédie-Française. C'est un format que je trouve passionnant. Il rappelle d'ailleurs celui des burlesques américains (Chaplin, Keaton, Laurel et Hardy). J'ai lu de nombreuses pièces de Labiche et j'ai trouvé que celles-ci se complétaient par leurs différences, l'une a lieu en plein air, l'autre dans un salon, l'une se passe aujourd'hui, l'autre sous Louis XV. C'est donc aussi à un voyage dans le théâtre auquel le spectacle nous convie. Je pense également que c'est un plaisir pour le spectateur de voir cinq acteurs se transformer d'une pièce à l'autre.

À travers ces deux pièces, quel regard Labiche pose-t-il sur la société du XIXe siècle ?

Comme Soupault l'explique très bien dans le livre qu'il a écrit sur Labiche, une nouvelle bourgeoisie se forme à cette époque, qui est encore dominante aujourd'hui. Elle est notamment constituée de commerçants enrichis qui vont prêter de l'argent à Napoléon III pour subvenir aux fastes de la cour, puis pour financer la guerre contre les Prussiens. Ce sont eux essentiellement qu'il brocarde. Il les décrit pusillanimes, misogynes, lâches et arrogants. Dans la réalité, beaucoup souffrent de leurs comportements, au théâtre, on rit d'eux. C'est une vengeance joyeuse.

Par le biais de quel univers esthétique avez-vous choisi de mettre en scène ces deux pièces ?

J'ai tenté d'éviter les oripeaux habituels qui travestissent l'univers de Labiche - les canotiers, les comportements convenus - par une esthétique contemporaine. Pour Embrassons-nous, Folleville !, qui se passe sous Louis XV, j'ai tenté de restituer le côté "rétro" qui existait déjà à l'époque de Labiche, et dont il se moquait certainement déjà...
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 11/03/2011

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