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© Ledroit Perrin


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Quand l’humour est présage d’espoir
Denise Chalem, déjà auteure et metteur en scène de la pièce aux deux Molière en 2005 "Dis à ma fille que je pars en voyage", nous revient au Théâtre de Paris, avec sa nouvelle pièce dont elle confie la mise en scène à Didier Long. Nous l'avons rencontrée avec la comédienne Nanou Garcia qui joue également à ses côtés, en plus de Michel Aumont et Philippe Uchan.
Denise, parlez-moi de votre pièce...
Denise Chalem :
C'est l'histoire d'une femme que j'interprète, Nicole, qui vit avec son père joué par Michel Aumont. Elle partage sa vie entre l'appartement de ce père et l'hôpital où elle travaille. Elle a aussi des rapports conflictuels avec son "amoureux" qu'elle ne veut absolument pas épouser parce que, comme elle le dit : "Il n'y a pas de solution à la longévité dans un couple, c'est une maladie incurable." Ces croisements d'univers très différents permettent d'aborder les rapports père-fille, la vieillesse, le couple, avec légèreté et humour.
Nanou Garcia : Ce que j'aime dans cette pièce, c'est que les personnages sont porteurs de quelque chose d'assez grave mais rien n'est dit. À la première lecture, c'est le non-dit dans cette pièce qui m'a immédiatement plu. Tout est léger, tout paraît drôle, tout est écrit comme ça. C'est merveilleux quand un auteur arrive à vous transmettre par le biais de l'humour la gravité de la vie, sans la nommer ou la dénoncer à travers les mots. Mon personnage, par exemple, n'a pas de vie à elle. Elle ne s'en sort pas financièrement, affectivement, la vie va trop vite, elle n'a le temps de rien. Pourtant, tout ça n'est pas dit dans la pièce, mais on le comprend.

Une comédie sociale à la façon des Anglo-Saxons ?
D. C. :
Oui, on me le dit souvent. Il est vrai qu'en France on a du mal à faire des pièces drôles et sociétales. Par exemple, pour ma précédente pièce, Dis à ma fille que je pars en voyage - pour rappel cette pièce a reçu deux Molière -, où je parlais de la prison au féminin, je me suis d'abord heurtée à la frilosité des directeurs de théâtre qui avaient peur du thème. Cette fois-ci, je suis vraiment très reconnaissante envers Stéphane Hillel, le directeur du Théâtre de Paris. Sa décision a été très rapide !
N. G. : C'est vrai qu'on pense trop souvent que, dès qu'on aborde des sujets graves ou difficiles au théâtre, l'humour en est chassé. La prise de risques est difficile. À l'inverse, on préfère parfois des pièces très légères mais sans fond. On a tous envie de vivre des moments qui nous divertissent, mais qui nous bouleversent aussi non ?

Quand vous écrivez, qu'est-ce qui vous inspire ?
D. C. :
J'aime magnifier les gens simples. Ceux qui ont le courage, malgré la difficulté de leur vie, de mettre un pied devant l'autre tous les matins. Cet héroïsme au quotidien me bouleverse. Je n'aime pas quand le théâtre raconte tout avec des mots. Une femme brisée par la vie, je préfère la voir, la ressentir dans son corps. D'ailleurs, le travail sur ce que raconte le corps est pour moi aussi intéressant que les dialogues, aussi essentiel. Cela me vient sans doute de l'enseignement très ludique que j'ai connu avec Antoine Vitez au Conservatoire national d'Art dramatique. Avec lui tout était permis, nous passions du travail sur Tchekhov (que Vitez nous traduisait d'ailleurs "en live", puisqu'il parlait cinq langues) au travail sur les quotidiens aussi divers que Libération ou L'Humanité. Tout cela m'a permis de développer une grande liberté. C'est pourquoi je suis heureuse de travailler aujourd'hui avec Didier Long qui a, lui aussi, un regard libre, humain et joyeux sur les personnages et dont le talent n'est plus à démontrer.

Michel Aumont interprète le père ?
D. C. :
Pour être sincère, sans Michel, il n'y aurait pas eu de pièce. Tout est né du désir de lui écrire un rôle dans lequel il puisse s'amuser, être à la fois drôle, touchant, enfantin, agaçant. Je l'avais déjà fait tourner dans un téléfilm que j'ai écrit et réalisé pour Arte, et je m'étais promis de recommencer à la première occasion ! C'est l'un de nos plus grands comédiens et, pour un auteur, c'est un bonheur de voir l'attention scrupuleuse qu'il porte au texte. J'écris à voix haute, je corrige sans cesse jusqu'à la moindre interjection et dans sa bouche, je retrouve "ma" musique. Cela me remplit de gratitude.
Dossier par Samuel Ganes
Paru le 24/02/2011

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