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Gabrielle Lazure
© Vincent Pesci


Frères du bled
Composition singulière autour de la guerre d'Algérie, "Frères du bled" de Christophe Botti met en scène les enfants de pieds-noirs rapatriés découvrant l'amitié que leur père portait à un Algérien, le tout émaillé de quelques coups de théâtre sentimentaux. En contrepoint, les héritiers du drame continuent de semer les germes de la discorde en d'autres latitudes, sans mesurer les véritables enjeux du débat, trop impliqués qu'ils furent dans cette crise identitaire.
Thierry Harcourt
Thierry Harcourt, à qui l'on doit les savoureuses créations que furent Le Talentueux Mr Ripley, Outrage aux mœurs ou Nuits dans les jardins d'Espagne avec Annie Girardot, s'est emparé de ce texte de Christophe Botti : "Cette histoire, à l'écriture fine et stylée, m'a particulièrement touché puisqu'elle permet d'aborder la guerre d'Algérie à travers les secrets intimes que ce conflit a générés et que ses victimes ont encore du mal à évoquer. 'Frères du bled' apporte ainsi des informations émotionnelles sur les drames humains dont notre ancienne colonie a été le théâtre, par le récit de l'amitié entre un pied-noir et un Algérien, et ses répercussions sur la vie d'une famille de rapatriés. L'action s'ouvre un jour de Toussaint, au début des années 1980, l'occasion pour cette famille de se retrouver autour de la figure du père défunt. Des flash-back, provoqués par la lecture d'un carnet, ramènent les enfants sur les traces de leur père. D'un point de vue scénographique, je veux illustrer le déracinement, faire évoluer les protagonistes dans un décor spartiate, montrer leur incapacité à s'installer dans leur vie française, à nouer de nouvelles attaches, parce que leur cœur est resté en Algérie. Des caisses en bois composent l'essentiel du décor avec, comme centre de gravité, la photo du père structurant ce fragile édifice. Parce qu'on est dans le souvenir, les comédiens se transforment à vue, empruntant les traits de l'ami disparu."

Gabrielle Lazure

Gabrielle Lazure, que l'on a pu voir au cinéma dans The Passenger de François Rotger ou Le Premier Jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon, au théâtre dans Les Monologues du vagin et Copier/Coller de Draveil et Macé, se voit ici confier un rôle à l'opposé de sa nature diserte et enjouée. "Originaire du Québec, je n'ai pas grandi avec la guerre d'Algérie qui est un peu votre Vietnam - même si les Américains en parlent plus volontiers. En France, cette guerre reste encore un peu tabou, en tout cas, pas complètement résolue. Comme je suis issue d'une famille de psychiatres, et que j'ai moi-même étudié la psychologie à l'Université de Montréal, tout ce qui est choses enfouies, secrets de famille, m'interpelle profondément. L'atmosphère de la pièce est lumineuse et l'issue cathartique, tournée vers l'espoir... Le père, mort relativement jeune, est vénéré comme un demi-dieu. La mère, que j'incarne, a caché beaucoup de choses à ses enfants et son mari pour protéger ceux qu'elle aimait. C'est un tempérament d'une autre époque et d'une génération qui acceptaient les convenances par souci de moralité. Son destin fut assez tragique puisqu'elle n'a pas été heureuse en amour. Cette confrontation avec ses enfants et son passé, et, surtout, son dernier fils, à la peau plus sombre que les autres, la fera peut-être renaître..."

Deborah Grall

Autour de la figure maternelle, trois enfants : Djalil (Issame Chayle), le cadet, dont la prescience de l'imposture qu'il constitue l'a conduit à maintes fugues, et ses aînés, jumeaux en désaccord perpétuel, François (Mathieu Bisson), enclin au repli identitaire, et Jasmine, pasionaria de la cause étrangère. Cette dernière étant incarnée par Deborah Grall, qui a récemment tourné sous la direction de Joann Sfar dans Gainsbourg, une vie héroïque et participé aux deux saisons de la série Maison close sur Canal+ : "Jasmine, essaie de briser la glace, se bat pour obtenir des renseignements sur sa famille et son passé. Elle veut à toute force fuir les mentalités du village où elle a grandi et qu'elle ne cesse de fustiger avec une certaine hauteur, surtout depuis qu'elle suit des études de médecine dans une métropole régionale. Elle se cherche et approuve la hardiesse de son jeune frère face à sa mère, recluse dans le silence, et son jumeau, qui, à son grand dam, épouse les manières de voir de ses concitoyens, et ne mesure pas aussi bien qu'elle - qui 'lit les journaux' - les conséquences de la guerre et les difficultés d'intégration qui en découlent." (À noter la parution chez Michel Lafon du recueil de souvenirs, Philippe Noiret de père en filles, en hommage à son grand-père et coécrit avec sa mère Frédérique Noiret.)

Manuel Blanc

Manuel Blanc, qui s'est notamment illustré au théâtre dans Parasites de Philippe Calvario, avait déjà approché la guerre d'Algérie en tenant le rôle d'un jeune appelé dans le film de Serge Moati, Des feux mal éteints. "Je viens d'enregistrer une pièce radiophonique, 'Nuit de traverse' de Christophe Botti. J'avais travaillé sur un moyen-métrage avec Gabrielle, 'Sable noir'. Je retrouve maintenant, à travers sa petite-fille, un peu de la sensibilité de Philippe Noiret - dont j'avais été particulièrement ému par l'humilité et la générosité sur le tournage de mon premier film, 'J'embrasse pas'. On peut dire que Thierry a réuni une belle équipe ! Cette pièce évoque le sort tragique des pieds-noirs et des Harkis, et surtout cette impossibilité de demeurer amis dès lors que l'on fut français et algérien. Mon personnage, le père, n'intervient que dans les flash-back. Par-delà la mort, ses enfants vont renouer contact avec lui en rejouant, à la lecture de ses notes, l'amitié très forte qui le liait à un Algérien. Et l'on découvre que, dès le commencement des hostilités entre la France et sa colonie, lui, comme son ami Abdalah, se retrouve successivement et nécessairement dans la situation de trahir l'autre pour une question de survie. D'où ce sentiment d'échec total et d'errance qui assaille mon personnage dès son retour en France et le fait sombrer dans la dépression."
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 28/02/2011

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