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© Bruno Perroud


Appelez-moi Tennessee
Michel Berger n'est pas le seul à l'avoir compris, avec sa célèbre chanson, car Benoît Solès, qui interprète ici le célèbre écrivain américain face à Frédéric Sahner, est aussi l'auteur de cette pièce. Une création ambitieuse, sous la direction de Gilbert Pascal, qui se joue au théâtre des Petits Mathurins. Un spectacle en forme d'hommage à l'auteur de "Un tramway nommé désir" ou de "La Chatte sur un toit brûlant"...
Benoît, revenons sur votre pièce.
Benoît Solès :
Tout d'abord, c'est une pièce sur et non pas de Tennessee Williams. Nous sommes aux États-Unis, en octobre 1962. Le pays craint une troisième guerre mondiale pendant la crise des missiles russes, à Cuba. Tennessee, âgé d'une cinquantaine d'années, a déjà tous ses grands succès derrière lui et son ami, Frank Merlo, est en train de mourir d'un cancer. J'ai voulu montrer cet homme à un moment de rupture dans sa vie. Il participe, ce soir-là, à l'émission d'Alvin Baker dont le show consiste à interviewer son invité dans un lieu familier, recréé à l'identique en studio. Pour Tennessee, ce sera son bungalow de Key West, son refuge, son lieu d'écriture privilégié. Sur le gril, déstabilisé et après quelques whiskies, l'auteur n'aura d'autre choix que de se livrer, en direct. Il n'y a aucun extrait de pièces, ce n'est à aucun moment une analyse de son œuvre. C'est un duel.

Un duel ?
Gilbert Pascal :
Oui. Alvin Baker - qui est un personnage fictif - représente l'Amérique triomphante, catholique et hétérosexuelle face à Tennessee qui incarne tout le contraire. Comme dans l'émission de David Frost - où Williams fera publiquement son coming-out -, il y a soudain comme un dérapage, et c'est ça qui est intéressant. On n'est pas dans le cas d'un journaliste qui "sert la soupe" à son invité. Ici, Tennessee, sous l'emprise de l'alcool et des médicaments (comme on a pu le voir en France avec Gainsbourg) a une attitude si décalée que le journaliste ne peut pas rester dans ses automatismes. Commence alors une discussion d'homme à homme, plus tendue mais aussi plus profonde. Une rencontre.
Frédéric Sahner :
Il y a également la peur, qu'à tout instant, la guerre soit déclarée. D'ailleurs, Tennessee est antimilitariste et Alvin, plus patriote.

On est dans l'opposition de ces deux Amériques ?
F. S. :
Oui, et en même temps, c'est plus universel que ça. C'est surtout la rencontre de deux personnages qui s'opposent mais qui ont aussi des choses à se dire. Il y a un échange. Alvin est par ailleurs un jeune homme désirable, comme les aimait Tennessee - il disait qu'il ne pouvait pas écrire une pièce sans fantasmer sur l'un de ses personnages -, et tout au long de la pièce, l'auteur va revivre des rencontres marquantes de sa vie, en leur superposant le visage du journaliste.
B. S. : Tennessee était détesté par les conservateurs qui ne voyaient dans son travail que des récits tendancieux, il était jugé subversif, provocant. La critique l'a d'abord encensé puis piétiné. Je voulais retracer son parcours avec lucidité, tendresse et j'espère, humour.
Dossier par Samuel Ganes
Paru le 14/01/2011

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