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© Bruno Perroud


Dominique Hollier cotraductrice de “Hiver”
“Le théâtre de Zinnie Harris est un théâtre sans concessions, un théâtre porteur d’une grande poésie”
Dominique Hollier cosigne, avec Blandine Pélissier, le texte français d'"Hiver", de la dramaturge britannique Zinnie Harris. Une fable qui "nous plonge dans une problématique de survie au cœur de la guerre".
Comment pourriez-vous caractériser l'œuvre théâtrale de Zinnie Harris ?
Il s'agit d'une œuvre extrêmement variée, mais qui a pour constante d'interroger son époque, de donner corps à un théâtre à la fois politique et humain en usant de la fable, de l'allégorie. Cette œuvre nous confronte souvent à l'absence, à l'enfance perdue, à l'isolement, au mensonge, au faux-semblant, à la violence qui peut transformer l'homme en brute... Zinnie Harris a une manière extraordinairement concrète d'aborder les choses. Elle ne crée pas un théâtre d'idées, mais un théâtre fait d'êtres de chair, de situations imaginaires qui partent d'une réalité tangible. C'est parce que ces êtres et ces situations existent qu'ils nous donnent à penser, à nous réjouir et à pleurer. Le théâtre de Zinnie Harris est un théâtre sans concessions, en prise avec le réel bien que non réaliste, un théâtre porteur d'une grande poésie.

Quel est le sujet d'Hiver ?

Hiver nous plonge dans une problématique de survie au cœur de la guerre. Une problématique de survie au sens basique - il faut manger -, mais aussi au niveau de l'être propre (comment se retrouver, se reconstruire, se faire une bulle de paix dans un monde en guerre ?). Hiver est le deuxième volet d'une trilogie de pièces de guerre (Solstice, Hiver, Automne). Zinnie Harris a écrit cette pièce à un moment important de sa vie, juste après la naissance d'un enfant, alors qu'elle était très troublée par la dichotomie qui la plaçait entre son intimité douillette et paisible de mère, et la violence extérieure dont elle avait une conscience aiguë, notamment à travers les échos qui lui parvenaient du conflit irakien. Cette dualité constitue le centre d'Hiver.

À quel type de langue cette écriture fait-elle appel ?

Zinnie Harris écrit chacune de ses pièces dans une langue différente. Ce qui a pu donner naissance à une écriture parfois tordue, inventée (comme dans Plus loin que loin), parfois ultraquotidienne ou, en ce qui concerne Hiver, à une écriture épurée, dépouillée à l'extrême, qui laisse toute la place à la poésie et au sentiment nu. Hiver est une pièce ciselée, où chaque réplique est nécessaire.

Quels ont été, pour Blandine Pélissier et vous-même, les principaux enjeux de ce travail de traduction ?

Bien sûr, il a fallu retrouver et restituer ce dépouillement, ainsi que l'espace poétique qui surgit entre les mots. Mais il a fallu le faire sans jamais tomber dans une complaisance poétique, en gardant le caractère concret de la langue, sa sobriété et sa clarté, par le biais d'une grande économie de moyens. Blandine Pélissier et moi-même nous sommes attachées à toujours aller à l'essentiel, à conserver la concision du texte en faisant attention à ne jamais le banaliser.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 02/02/2011

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