Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

Bruno?Perroud


Kiki Van Beethoven
au théâtre La Bruyère
Christophe Lidon retrouve Danièle Lebrun pour ce conte moderne signé Éric-Emmanuel Schmitt, exposant les défenses éphémères que se constitue chaque individu au fil du temps pour échapper à ses désillusions et douloureux souvenirs.
Christophe Lidon
Quatre spectacles de Christophe Lidon émaillent l'affiche de cette rentrée théâtrale : le savoureux trio des Dames du jeudi à L'Œuvre, Le Vieux Juif blonde aux Mathurins, Bonté Divine ! à la Gaîté-Montparnasse et Kiki Van Beethoven, l'occasion pour le metteur en scène de renouer avec deux compagnons de longue route : Danièle Lebrun et Éric-Emmanuel Schmitt : "J'ai la chance d'avoir monté beaucoup de ses textes y compris à l'étranger. Éric-Emmanuel a cette intuition de savoir nous divertir tout en nous touchant. Comme pour 'Ma vie avec Mozart', où Éric- Emmanuel nous parlait de son intimité avec le compositeur, la présence de la musique s'imposait. Toutefois, l'émotion qui en découle ne vient pas de la musique elle-même mais de sa manière de la recadrer dans notre époque : 'Kiki Van Beethoven' est l'histoire intime d'une femme qui a creusé des trous dans sa mémoire à coups d'obus, de violence personnelle, pour ne plus se souvenir de ce qui lui fait mal. À son insu, Beethoven fait surgir des fleurs des trous d'obus et ranime tous ses souvenirs. Comme pour 'Oscar et la dame en rose', nous nous situons dans le registre du conte, le postulat de départ étant ici assez ironique : pourquoi sommes-nous devenus sourds et avons-nous cessé d'écouter Beethoven ? Danièle Lebrun se fait donc conteuse. Nous ne sommes pas dans un parcours psychologique mais symbolique pour permettre au corps de s'imprimer dans l'espace et d'évoquer tel lieu ou telle rencontre..."


Danièle Lebrun

Dans sa loge, alors qu'elle se pare des atours de Marie-Christine alias Kiki, impétueuse pensionnaire d'une maison de retraite, Danièle Lebrun avoue avoir conçu quelques appréhensions à s'emparer de ce seul-en-scène, le théâtre restant pour elle "une affaire de troupe". "J'ai joué dans la première pièce d'Éric-Emmanuel, 'La Nuit de Valognes'. Retrouver son univers me tentait. Toutefois, l'idée de me retrouver seule m'effrayait un peu, comme je ne l'avais été qu'une fois, il y a très longtemps. J'ai alors demandé à Christophe de m'épauler comme j'ai une totale confiance en lui du fait de nos nombreuses collaborations." Si le comédien est toujours en proie au doute, le spectateur ne s'étonne pas de retrouver une Danièle Lebrun resplendissante dans cette partition à plusieurs voix où elle glisse avec aisance d'un personnage à un autre - tantôt dame de fer pétrie de certitudes, tantôt septuagénaire fleur bleue, tantôt lascar de banlieue. Elle réussit même à colorer de sa pétulance les franges du texte illustrant la pauvreté intellectuelle dans laquelle le XXIe siècle semble complaisamment s'enliser. "Le parti pris du masque d'où s'écoule une musique me plaît beaucoup. Donner l'illusion qu'un objet inanimé prenne vie nous ramène aux songes de notre enfance. Cette impression d'entendre un masque de Beethoven jouer de la musique est d'ailleurs réellement arrivée à Éric-Emmanuel : il a quitté Beethoven en même temps que sa demeure familiale et un jour qu'il visitait une exposition consacrée à la sculpture réalisée autour de sa figure, il s'est alors mis à penser à ce qu'il était du temps où il l'écoutait... Éric-Emmanuel sachant débusquer les détails qui vont l'enchanter au cœur de la misère humaine, son optimisme fait écho à celui de Beethoven : bien que sourd à 28 ans et malmené par une existence qui s'acheva dans la misère, il composa 'L'Hymne à la joie' à la fin de sa vie." Parmi ses madeleines théâtrales, Danièle Lebrun évoque Exercices de style de Raymond Queneau, son "plus grand succès" ; ce XVIIIe siècle dont elle épousa à merveille la langue et l'esprit dans Les Fausses Confidences ou L'Antichambre - "Éric-Emmanuel dit que Marivaux écrit pour moi !", souligne-t-elle avec coquetterie ; Madame de Sade qui lui valut le prix du Syndicat de la critique "pour ma facilité à péter les plombs" ; une pensée émue pour Terzieff qui l'avait dirigée dans Tango, pièce de Mrozek étudiant l'installation d'une tyrannie au sein d'une famille. Pour l'heure toute à Kiki, Danièle ne désespère pas de réussir à imposer un conte à trois personnages de Grumbert - "les directeurs de théâtre préfèrent les seuls-en-scène qui leur coûtent peut-être moins cher ? À partir de trois comédiens, ils commencent à faire la fine bouche. C'est très énervant." -, en attendant de retrouver Lidon sur un Shakespeare, et peut-être un Godot, qu'elle espère croiser sur scène un jour.
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 21/11/2010

-
Haut